THE HIGH & MIGHTY - Interview

Depuis quelques années le duo High & Mighty inonde l'underground new-yorkais de classiques hip-hop à travers leur label Eastern Conference. Un premier LP (Home Field Advantage) distribué par le géant indépendant Rawkus, compilant les maxis sortis ces dernieres années aux cotés de morceaux inédits, vient de sortir. Entrevue avec Mr Eon, la moitié de High & Mighty, et certainement pas la moitié d'un imbécile.

Votre album circule depuis l'année dernière sous forme de promo, vous deviez le sortir directement sous votre label Eastern Conference, pourquoi finalement le sortir chez Rawkus ?

L'année dernière, nous avions achevé l'album et nous nous sentions prêts à le sortir chez Eastern Conference. Puis très vite nous nous sommes rendus compte que Rawkus était le label numéro 1 pour le genre de musique que nous faisions. Beaucoup de gens qui étaient en featuring sur notre album étaient signés chez Rawkus, tout collait bien, et il a été facile pour nous d'obtenir une licence chez Rawkus, ensuite nous avons retravaillé l'album en y ajoutant des titres plus récents et celui ci est sur le point de sortir. Nous restons Eastern Conference, mais à partir de maintenant, tous les disques que nous sortirons seront distribués par Rawkus. Nous avons un deal pour 3 albums, le premier c'est Home Field Advantage, le second sera un album des Smut Peddlers et le troisième, nous ne savons pas encore.

Pourquoi avoir opté pour un album avec autant de featurings ?

Par volonté de ne pas ennuyer l'auditeur. Je suis le seul MC dans High & Mighty, et entendre le même MC sur chaque morceau tout au long d'un album de 15 titres, ça peut paraître rébarbatif. Seuls des groupes renommés comme Gangstarr, ou les gens comme Nas ou bien Redman peuvent se le permettre.

Des gens comme Kool Keith ou Bobbito Garcia (présents sur l'album) sont-ils des références pour toi ?

Pour moi Kool Keith était le premier rappeur abstrait, il pouvait te parler de trucs bizarres, de cheeseburger verts, et c'est ça qui m'a tout de suite attiré chez lui. J'étais le genre de gamin à avoir une imagination débordante, j'etais un grand fan de Star Wars et tout ça, et quand Kool Keith est sorti je me suis rendu compte que je pouvais moi aussi rapper et m'exprimer à ma manière, sans être obligé de parler de trucs du ghetto ou d'histoires de gangsters qui ne collaient pas à ce que j'étais. Nous connaissions le manager de Kool Keith et nous sommes allés jusqu'en Californie pour enregistrer son couplet, et le refrain. Kool Keith est roule avec tout ce qui est pornographique, donc ça n'a pas posé de problème pour qu'il se pose sur "Hands on experience part2" (un morceau qui traite de masturbation NDLR). Ensuite, à New York, nous sommes retournés en studio avec Bobbito et WhatWhat pour le reste du morceau. Bobbito est cool, je le connais depuis plusieurs années, nous sommes déjà passé à son show, nous avons même voyagé avec lui, c'est quelqu'un de bien.

Tu as réussi à obtenir des featurings des deux ennemis jurés Cage et Eminem sur ton album, comment as-tu fait ?

Je connais Cage depuis très longtemps, c'est mon homeboy, et lorsque lui et moi avons commencé à travailler sur le premier maxi des Smut Peddlers (le groupe que Mr. Eon forme avec Cage) il ne savait même pas qui était Eminem. A cette époque là Eminem n'était pas du tout connu, lui et nous partagions le même avocat, et il nous a mis en contact pour que nous puissions travailler sur un morceau ensemble, il y a environ un an et demi. Puis il y a eu embrouille entre Cage et Eminem. Je me rappelle avoir discuté avec Eminem, qui me disait ne pas connaître Cage et ne pas comprendre d'où venait le problème (Cage aurait déclaré à l'époque qu'Eminem s'était plusqu'inspiré de son concept). Pendant que les choses ne cessaient d'empirer nous nous retrouvions avec ce morceau avec Eminem, ne savant pas s'il fallait le mettre sur l'album ou pas. Alors nous en avons parlé à Cage, et il a compris que ce featuring d'Eminem pouvait être bénéfique pour nous, puisque Eminem a la cote en ce moment, comme pour lui, puisqu'il est sur notre album et sur le projet Smut Peddlers avec moi, et qu'il a donc tout intérêt à ce que l'album se vende s'il veut que les gens parlent de lui. Mighty Mi et moi n'avons rien à voir avec leurs embrouilles, nous pouvons traîner avec Eminem ainsi qu'avec Cage, mais certainement pas avec les deux au même moment et au même endroit, car je pense que s'ils se rencontraient il y aurait une grosse embrouille. L'autre jour lors de notre show à Londres, Eminem était dans la salle et il est monté sur scène avec nous (contrairement à ce que dit la rumeur, Cage n'était pas présent à ce show) et tout s'est bien passé.

Le thème du cannabis est abordé tout au long de l'album, notamment dans le morceau "Weed", penses-tu que l'herbe et le hip-hop soient liés ?

Sans aucun doute. Aux Etats Unis et en Europe beaucoup de gensfument de l'herbe, et je pense que depuis des lustres, à chaque musique correspond une culture de la drogue. Quand Cypress Hill est sorti, l'herbe est rentrée dans les mœurs des hip-hoppers. A mon avis beaucoup de gens issus de la culture urbaine fument de la weed, et beaucoup de gens issus de cette même culture urbaine écoutent du rap, donc les deux sont liés.

L'herbe est une source d'inspiration pour toi ? Quelle est ta variété d'herbe préférée ?

Nous sommes allés à Amsterdam, et nous avons eu l'occasion de goûter toutes sortes d'herbes de fous, les trucs vraiment ultra verts et gorgés de résine. J'apprécie beaucoup "l'orange bud". On trouve presque tout à New York, mais ça fait du bien de temps en temps de faire un petit séjour à Amsterdam. J'écris sans avoir fumé et en ayant fumé, mais ce sont deux ambiances différentes et ça s'en ressent dans les lyrics. Ce que j'écris sous weed est bien entendu plus abstrait, l'inspiration vient plus rapidement, c'est un autre trip.

Depuis l'émergence de groupes comme Company Flow et d'MC's comme Eminem, est-ce plus facile de nos jours d'être un rappeur blanc aux Etats Unis ?

C'est beaucoup plus facile aujourd'hui que cela ne pouvait l'être il y a 10 ans. Il y a d'abord eu l'époque Beastie Boys puis l'époque Vanilla Ice... Presque à chaque fois, les rappeurs blancs n'étaient pas pris au sérieux. Un gars comme Eminem a du talent, n'importe quel gars Noir habitant dans le fin fond du Bronx est forcé de le reconnaître, même s'il ne se serait jamais intéressé à un rap fait par des blancs. Vanilla Ice faisait n'importe quoi, il n'avait aucun talent, mais lorsque tu regardes le hiphop new-yorkais underground ces cinq dernières années, Non Phixion, Company Flow, nous, et aussi des mecs comme 7L et Esoteric (issus de l'excellent crew Rebel Alliance de Boston NDR), tous ces groupes sont formés par ou contiennent des Blancs.

Même si le hip-hop est une culture noire, aux Etats-Unis la majorité des acheteurs de hip-hop sont des Blancs. Pour moi les trois morceaux dans l'histoire du hip-hop qui ont amené les Blancs à s'intéresser à cette culture sont 'Roxanne Roxanne' de UTFO, ensuite peut être "Wild Thang" de Tone Loc, et puis l'arrivée de Young MC, puis au début des années 90 avec Cypress Hill ça a été l'explosion. Sur ces millions de blancs qui écoutent du hip-hop de nos jours, il doit bien y avoir quelques MCs talentueux, c'est une question de statistiques tout simplement.

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