ANTIPOP CONSORTIUM - Tragic Epilogue

Le nom même d'Anti-Pop Consortium (si ce n'est l'excellente pochette arty de leur premier album) est assez clair sur les intentions du trio. Issus du Nuyorican Café et du mouvement Rap Meets Poetry, creuset de la scène spoken word new-yorkaise, High Priest, Beans et M. Sayyid, épaulés par le DJ E. Blaize, livrent avec Tragic Epilogue l'opposé exact de la variété rap (la pop, au sens américain du terme) devenue ces dernières années la forme dominante des musiques populaires. Rien de surprenant, pour un groupe qui collabore avec DJ Vadim, cite Sun Ra et Ornette Coleman comme influences, Company Flow et Mike Ladd comme références, et s'acoquine avec des personnages aussi divers qu'Arto Lindsay, Alec Empire ou Vernon Reid.

ANTIPOP CONSORTIUM - Tragic Epilogue

75 Ark / PIAS :: 2000 :: acheter ce disque

Inutile de chercher un hit chez Anti-Pop Consortium : Tragic Epilogue est de ces disques qui se méritent et qui se valorisent avec le temps. Cela est vrai pour la musique, sorte d'électro très lent, assemblage de sons synthétiques et dépouillés hostile aux samples trop voyants et bâti sur des rythmiques plus travaillées que l'habituel beat heurté du hip hop. Cela est vrai pour les paroles, complexes, imbriquées et magistralement scandées par les trois voix mémorables des MC's. Et comme si cela ne suffisait pas, le trio s'adjoint les services de deux rappeurs vétérans et cultes de l'undergound hip hop, l'ex-Organized Konfusion Pharoahe Monch sur l'obsédant "What I Am" et Aceyalone de la Freestyle Fellowship sur le long, l'inquiétant et l'indianisant "Heatrays".

Tout cela donne une grâce sombre et glauque peu entendue depuis Funcrusher Plus, le comble d'une étrangeté comme seul ce cinglé de Kool Keith l'affectionne. Dès le soutenu "Laundry" prend place l'une des plus formidables suites de titres parvenues ces dernières années jusqu'à nos oreilles, une suite composée de l'electro incisive de "Nude Paper", du calme malsain de "Your World Is Flat", du son futuriste de "Here They Come Now", de l'insistant et expérimental "Moon Zero X-M" et du rêche "Lift". Après cela, le free jazz de "Eyewall", le long et langoureux "Sllab", puis les basses de "Smores" rompent quelque peu le disque. Jusqu'à ce qu'un surprenant "Driving in Circles" plus speed et presque chanté introduise le sautillant "3 Digit Wiz" et son mémorable refrain, l'halluciné "Heatrays", un "Disorientation" interprété en partie par la rappeuse Apani B. et "What I Am", fin idéale d'un album qui ne l'est pas moins.

Surtout, que les atours expérimentaux de Tragic Epilogue et l'étrange poésie de ses trois principaux protagonistes n'éloignent personne de ce disque. Avec le temps, les efforts pour l'approcher sont remboursés au centuple.

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