MIKE LADD - Interview

Boom est apparu au début de la création du monde. Boom avait cinq filles et cinq fils qui se sont partagé l’univers en différents royaumes appelés "Cons" (NDR : c’est vrai que prononcé à la française ça fait bizarre). Les "Cons" n’ont cessé de se faire la guerre jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que deux, les Infesticons et les Majesticons. Ceux-ci ont continué à se combattre jusqu'à l’épuisement de leurs troupes. Plusieurs milliers d’années plus tard, l’un des ancêtres des Majesticons nommé Poof Nana construit alors qu’il est encore au lycée une série de robots ultra perfectionnés censés reprendre le flambeau des guerriers Majesticons ancestraux en faisant de la terre un endroit superficiel, materialiste, beau et brillant comme un clip de Hype Williams.

Poof Nana devient par la suite la superstar jiggy que l’on connaît, oubliant complètement les robots Majesticons. Mais un beau jour alors qu’elle est en train de nettoyer le grenier, la mère de Poof Nana retrouve les robots de son fils et les remet en marche par erreur. A présent seule une poignée de descendants des Infesticons peut arrêter la jiggification de la planète par les Majesticons lors d’un guerre titanesque qui finira par un combat de titans dans une rue de New York appelée Gun Hill Road.

Gun Hill Road, c’est aussi le titre du projet du New Yorkais Mike Ladd sur le label britannique Big Dada, sous division de l’un des plus gros labels totalement indépendants du monde, j’ai nommé Ninja Tune. Une formidable métaphore sur le thème de l’opposition entre l’underground et le commercial sous forme de compilation orchestrée par Mike Ladd. L’album réunit des grands noms de la scène underground et spoken word New Yorkaise tel que Antipop Consortium, Company Flow, Saul Williams et BMS, entre autres. Rencontre avec le chef des Infesticons.

Comment les Infesticons trouvent-ils le temps de faire de la musique alors qu’ils sont en pleine guerre ? Ils ne feraient pas mieux d’aller au front plutôt que de chanter sur des disques ?

C’est de la guerre psychologique ! La musique est l’arme principale dans le combat que nous menons.

Comment fait-on pour tuer un Majesticon ?

Par exemple en retirant leur masque et en dévoilant la vraie identité derrière laquelle ils se cachent. En leur arrachant leur vêtements Fubu, en détruisant leurs sapes Tommy Hilfiger, en mettant le feu a leurs ensembles Prada… il y a plein de moyens différents.

Quel est ton problème avec Puff Daddy ? C’est pourtant un producteur incroyablement original et créatif, doublé d’un lyriciste extraordinaire ! Il a un talent fou ! En plus ses talents de danseur hors-pair ne sont plus à prouver…

Je n’ai jamais dit du mal de Puff Daddy, tu veux que j’ai des ennuis ou quoi ? (rires) J’ai parlé de Poof Nana, ce sont deux personnes totalement différentes. D’ailleurs Poof Nana n’est même pas responsable de ce qui s’est passé… c’est sa mère qui a déclenché le mécanisme des robots en les jetant dans le vide ordure. Ne laissez jamais votre mère jeter vos vieux jouets, on ne sait jamais ce qui peut arriver.

Qui a tué Tupac et Biggie ?

Un Majesticon sans aucun doute… je pense que c’était même un Assassinicon, les Assassinicons sont un groupe spécial qui travaille pour les Majesticons…

Mike, comment as-tu approché les artistes pour qu’ils posent sur l’album ?

J’ai donné a chaque artiste un schéma de l’histoire des Infesticons et des Majesticons en les laissant choisir leur camp et leur personnage. Je leur ai dit qu’ils pouvaient aussi créer leur propre "Con". C’est pour cela que Mr Len, le DJ de Company Flow a choisi d’être un Mad-as-hellicon (en français un "super-énervé-icon"). Le Mad-as-hellicon est l’ami des Majesticons, c’est l’équivalent des Ruff Ryders dans le rap. C’est un Majesticon qui essaye de se la jouer méchant et énervé.

Mais c’est vraiment Mr Len qui rappe sur ce morceau ? (rires)

Oui ! je crois que c’est la première fois qu’il rappe sur un disque. Il y a un paquet de "premières fois" sur cet album… c’est aussi la première fois que tu entendras Saul Williams (NDR : spoken word poet célèbre pour sa contribution au film Slam) chanter sur de la disco.

Est-ce que tu crois vraiment en l’opposition entre la musique commerciale et la musique underground ?

Non, pour moi il n’y a que la bonne et la mauvaise musique, du moins la musique que j’aime et celle que je n’aime pas. Dans ma jeunesse je haïssais systématiquement tout ce qui était mainstream mais je me suis rendu compte par la suite que j’avais raté plein de trucs, Prince, The Police par exemple. L’histoire des Majesticons et des Infesticons peut être interprétée de plusieurs façons différentes, mais à la base c’est l’éternel combat entre les indépendants et les corporations. C’est une guerre sans fin qui n’a finalement pas réellement de sens, d’ailleurs la dernière ligne du dernier morceau de Gun Hill Road résume bien l’aspect contradictoire de cette guerre, et je laisse soin à l’auditeur de découvrir par lui même de quoi il s’agit en écoutant le disque.

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