BILAN 2000 - Rappeurs sous Ecstas

A chaque genre musical sa drogue de prédilection. Cette règle qui associait assez clairement rap et crack, semblait interdire au genre l'usage des ecstasies, réservées semblait-il aux adeptes de rave parties. Et pourtant, la barrière s'est rapidement délitée ces dernières années, quand quelques superstars hip-hop se sont progressivement adonnées aux petites pilules d'amour.

C'est ainsi qu'on a pu voir Eminem en faire l'apologie à Paris-Bercy, et en ingurgiter en direct devant son public de jouvencelles, lesquelles n'ont peut-être pas tout compris à l'histoire.

L'invasion de l'ecstasy semble d'ailleurs toucher tout le hip-hop, et dépasser ses frontières internes. En quelques mois seulement, la petite pilule a été citée par Black Rob, par Bone Thugs'n Harrmony sur BTNH Resurrection, par Dr. Dre sur The Chronic 2001 tout autant que par El-P, côté indépendants, qui a déclaré s'y être récemment essayé. Evidemment, le nouvel intérêt pour cette drogue ne fait qu'accompagner l'évolution générale de la consommation d'e aux Etats-Unis, où les prises se révèlent sans cesse plus grosses. On est cependant en droit de se demander quelles sont les implications pour la culture et la musique hip-hop. Ou plutôt, pour éviter tout causalisme primaire, quelles évolutions musicales l'ecstasy accompagne-t-elle.

La première est la suivante : l'ecstasy étant connue pour calmer la virilité et adoucir les mœurs, on assiste parfois à une féminisation des rappeurs, accompagnée corrélativement par un débat croissant sur l'homophobie, sentiment qui de notoriété publique cache le refoulement que l'on sait. Les airs de gentil minet efféminé d'Eminem, pour prendre l'exemple le plus évident, n'ont échappé à personne, pas même aux grands médias qui ont raconté cette année n'importe quoi à son sujet.

Autre évolution parallèle, l'invasion croissante de recettes issues des musiques électroniques dans les fat beats hip-hop. Evidente chez les indépendants, mais aussi chez d'autres. Ecstasy, électronique, féminité, nulle part ailleurs que sur le dernier album d'Outkast toutes ces tendances se retrouvent. Révélant lui aussi s'adonner à la petite pilule, le duo s'est en effet fait un malin plaisir à convoquer sur Stankonia une ribambelle de sons issus de la drum'n'bass et d'autres genres simili rave sur un disque sans sample. Rajoutons à cela les rumeurs persistantes sur la bisexualité d'Andre 3000 et ses allures de grande folle délurée, et le tableau est complet. A voir ce que de tels cocktails réserveront au hip-hop dans les prochains mois …

Évaluer ce billet

0/5

  • Note : 0
  • Votes : 0
  • Plus haute : 0
  • Plus basse : 0

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://hiphopsection.fakeforreal.net/index.php/trackback/1133

Fil des commentaires de ce billet