ALL NATURAL - No Additives, No Preservatives

L’un des indéniables mérites de l’essor des labels indépendants est d’avoir placé sur la grande carte du hip hop américain d’autres villes que les sempiternelles New York et Los Angeles. Chicago, par exemple, dont le seul représentant de poids est longtemps resté Common, a révélé vers 97-98 une intrigante scène éparpillée entre le rap puissant et novateur de Rubberoom d’un côté, et les plus traditionnels mais néanmoins talentueux Family Tree de l’autre. All Natural, un duo formé par Capital D (MC et producteur) et Tone B Nimble (DJ), membre des derniers cités au côté de The Daily Planet, apparu en première partie de The Pharcyde, de Common mais aussi des post-rockeurs locaux de Tortoise, est l’auteur de l’album le plus abouti sorti à ce jour de ce bouillant contexte : No Additives, No Preservatives.

ALL NATURAL - No Additives, No Preservatives

All Natural Inc. / Uppercut :: 1998 :: acheter ce disque

Singulier destin que celui de cet album. Sorti en mai 1998 ; quasiment en autoproduit, il était accompagné d’un excellent livret, Fresh Air, sorte de Comic Book accompagné de considérations politico-sociales créé par The Writers' Bloc, un collectif d’écrivains hip hop menée par Capital D. Avec ce livret et sa métaphore culinaire (filée tout le long de la pochette), le disque attira l’attention de la critique, ce qui valut à No Additives, No Preservatives l’attention bienveillante du pourtant très conservateur magazine The Source. L’album devait toutefois rester confidentiel et difficile à se procurer, sauf en Europe, très curieusement, où le label trip hop aujourd’hui défunt Cup of Tea décidait de sortir l’album, sans Fresh Air, sur sa division hip hop Uppercut.

Aujourd’hui, le premier album des All Natural est presque unanimement considéré comme un indispensable de la vague indépendante. Et pour cause, No Additives, No Preservatives épouse à merveille les canons du genre. Côté musique, les sons sont carrés et austères, parfois inhabituels (l’introduction étonnante de "Fresh Air"), le DJ occupe le devant de la scène (scratches fréquents mais toujours appropriés, sur "Fresh Air", "Phantoms of the Opera", "Take it 2 Em"), les samples sont originaux (particulièrement "MC Avenger"). L’excellent "No Nonsense" est le titre menaçant de cicrconstance et l’époustouflant "Phantoms of the Opera", sa basse et ses disparitions de wack MC’s, le morceau éthéré de mise.

Côté paroles, le niveau est supérieur encore : accompagné ou non par All Star de The Daily Planet, Capital D est un MC passionnant, prodigue en flèches lancées à l’encontre des "wack MC’s" et des clichés hip hop, notamment sur un "It’s OK" downtempo au message clair et universel qu’il serait criminel de ne pas reproduire :

You ain't gotta live the life of a thug
You ain't gotta rhyme about selling drugs
You ain't gotta fit a commercial niche
You ain't gotta call your sister a bitch
You ain't gotta play the role of a fool
You can be dope and still finish school
You ain't gotta glorify what's wrong
You ain't gotta sample r’n b songs

Pas besoin de vivre comme un thug
Pas besoin d’histoires de deals de drogue,
Pas besoin d’occuper une niche commerciale
Pas besoin de traiter ta sœur de salope,
Pas besoin de jouer au bouffon
Tu peux être bon sans avoir à quitter l’école
Pas besoin de glorifier ce qui est mal
Pas besoin de sampler du r’n b

Et plus loin...

You ain't gotta live a life of crime
You ain't gotta be a sucker to rhyme
You ain't gotta dance in your videos
You ain't gotta chill with 2 dollar hoes
You ain't gotta holler out "keep it real"
You can be dope and kick what you feel
You ain't gotta wish that you was a star
All you gotta do is be who you are

Pas besoin de vivre dans le crime
Pas besoin de faire l’abruti pour rapper
Pas besoin de danser dans tes vidéos
Pas besoin de jouer les misérables
Pas besoin de brailler "keep it real"
Tu peux être bon et parler comme tu le sens
Pas besoin de rêver d’être une star
La seule règle c'est d’être toi-même

Bref, ‘"Fresh Air", "Phantoms of the Opera", "This is how it Should be Done", "Take it to Em", "No Nonsense", "50 Years" et d’autres sont autant d’arguments pour confirmer à No Additives, No Preservatives son statut d’indispensable. Aucun titre n’est mauvais, même si l’album n’est pas exempt de tout reproche : quelques moments prolongés d’austérité alourdissent ce plat sans colorant ni édulcorant, quelques samples et quelques beats sont inappropriés ou trop insistants (sur "Fresh Communication" par exemple), surtout vers la fin, ce qui crée parfois un méchant différentiel entre la musique et les excellentes paroles de Capital D. Nonobstant ces erreurs de dosage, l’album sera goûté cependant avec délectation par tout gourmet friand de recettes 100% hip hop.

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