DJ FAB - Interview

DJ et producteur respecté, vétéran de la scène française et aujourd'hui co-animateur de l'émission culte Connections sur Générations 88.2 (le lundi à 22H00), DJ Fab est l'un des premiers à avoir défendu en France la débordante scène hip-hop indépendante apparue aux Etats-Unis au milieu des 90's. Jouant à merveille son rôle de prosélyte et de tête chercheuse, de par ses interventions à la radio et sa récente mixtape Underground Explorer, il était obligatoire pour notre webzine de le rencontrer et de lui demander de revenir sur son parcours, du Globo et d'EJM à nos jours.

Peux-tu te présenter, et dire comment tu es entré dans la culture hip hop ?

Je m’appelle DJ Fab, j’ai la trentaine je le précise plus, c’est juste pour dire que ça fait un moment que je suis dedans. J’ai commencé par le break, j’étais jeune comme tout le monde, c’était les débuts ici avec H.O.P Sidney. Mais j’étais déjà dans le cursus avec Beat Street car j’allais souvent à NY (Fab a un parent américain). Donc j’ai eu l’honneur ou la chance de pouvoir voir le truc des deux côtés, et ça m’a mis dans le bain très vite. Après tu évolue, tu regardes et vois les 4 disciplines de la culture. Bon moi, j’ai essayé de rapper mais j’étais mauvais, je graffais pas non plus mais j’aidais des potes à graffer, c’était pas mon truc, sinon je breakais grave ! Je kiffais mais je voyais que ça faisait mal donc j’ai abandonné rapidement. Après les platines sont arrivées, je ramenais des K7 de NY, j’avais entendu DST scratcher mais je comprenais rien. Je faisais mes petits montages, puis j’ai mis de l’argent de côté, j’ai acheté une première platine toute pourrie à courroie. Je commençais à faire des trucs, des trucs qui ressemblaient à rien, mais y avait l’envie et la passion. Tout ça c’était la période 84/87, après vers 88 j’ai investi dans des 1200mk2, une table l’équivalent d’une petite gemini et à partir de là ça a vraiment commencé. Je ramenais des sons de NY, et personne connaissait en France. C’est pas comme aujourd’hui où tout le monde achète le même disque. Y avait pas de magasin, y avait rien, c’était DEAD ! Haha ! Mais bon, je vivais le hip hop complètement du côté américain, tout venait de là bas.

Justement quelles étaient les différences entre le hip hop que tu pouvais vivre aux USA et celui en France ?

J’ai vécu la période de LL Cool J "Rock the Bell" le premier album, Public enemy, Rakim … Pour moi ça a été le summum. Mais je n’entends pas le "summum" du point de vu "fan", parce que je n’ai jamais été "fanatique" d’un groupe ou d’un emcee mais d’un TOUT, le hip hop. Maintenant en France, la progression s’est faite par H.I.P, bien qu’avec le recul je trouve ça complètement ridicule. A l’époque je me mettais devant ma télé, mais c’était vraiment un cliché total. Y avait des vrais puristes, mais ils étaient dans l’ombre. Le reste c’était trop mal fait. J’ai pris ce qu’il y avait ici, mais sans voir. J’ai même pas vu l’évolution. Par contre j’ai suivi ce qui se faisait aux USA et c’était grand.

Quelle a été ton activité entre 88 et 92 ?

Je faisais des soirées à gauche à droite, je commençais à scratcher à me poser, je me suis fait les dents. Mon nom se faisait connaître. Y avait les débuts du DMC auxquels je n’ai pas participé. J’aurai pu, mais j’ai pas eu les couilles pour et pas au point. Mais avec du recul je me dis que j’avais le niveau, j’aurais pu y participer, mais bon c’est pas grave. Sinon je faisais toutes les soirées de Dee Nasty au Globo avec DJ Max, après j’ai fait des soirées à la Chapelle des Lombards… Nan je faisais pleins de trucs.

Alors quels sont tes meilleurs souvenirs du Globo ?

(Instantanément) Quand Cash Money est venu ! Direct ! Haha ! J’ai une photo, je sais plus où elle est, mais je suis en train de le regarder, et je suis égaré ! Nan c’était fou. Quand LL est venu, quand Public Enemy est venu… Le Globo c’était le gros truc du moment, tout le monde se croisait là bas.

Quels sont les DJ’s qui t’on donné envie de mixer, et ceux qui t’on mis une claque la première fois que tu les as entendu ou vu ?

Au temps où je ne comprenais pas mais j’écoutais donc je n’avais aucunes notions : Jazzy Jeff en live c’était fort, Mixmaster Ice de UTFO, et là j’ai compris que voilà… Et même en 2001 maintenant je me réécoute l’album de Mixmaster Ice, il fait du flare, il fait du crab … Attends… Tu vois ce que je veux dire … C’était 88 ! Le gars était grave en avance. Sinon y avait le cousin de Scratch qui s’appelle Magic Mike qui était super fort, Aladin que j’avais vu aux championnats, Cut Creator derrière LL, et Terminator X.

Ta rencontre avec EJM et tes débuts dans le hip hop français ?

Bon je connaissais déjà EJM, on était pote et il avait déjà sorti une compile ragga qui avait bien marché. De là je crois que BMG ont commencé à lui faire les yeux doux et il a signé bien que les maisons de disques ne connaissaient pas du tout le rap. BMG a fait son boulot, on a sorti des maxis, je posais des scratchs et c’était mortel. Tu te sens important, considéré, t’es pas un petit DJ, t’as un nom, t’es le DJ d’un gars d’un groupe connu, parce qu’il n’y avait pas grand monde à cette période. Je dis pas que tu est respecté, mais les gens savent qui tu es. Tu rentre plus dans la technique, tu scratches, tu rentres en studios, tu apprends l’autre côté de la musique. Tu vois les studios, t’es égaré ! j’ai beaucoup appris à ce niveau là. A être ponctuel, à travailler avec des gens, des ingénieurs, à connaître le matos, à être assidu, carré, à scratcher de telle manière, à surtout de voir comment tu mixes concrètement un album. A chaque fois j’apprenais de nouveaux trucs, sur du nouveau matériel, j’étais fasciné. Mais bon, avec EJM ça a duré jusqu’à 95/96. Après BMG ne suivait plus la cadence. On a quand même fait 2 maxis, 2 minis albums et un autre album. Et puis EJM est certainement un des rappeurs les plus versatiles, il a fait de l’acid jazz, de la drum ‘n bass… Moi je pensais que les gens, le public allait suivre, mais ils n’ont pas compris. EJM était un artiste, les gens ont compris autre chose, "EJM se perd" disait la presse… La maison de disque ne voulait pas se lancer dans un autre truc. Mais on s’est fait b*iser par BMG. On était novices grave, et je le dis EJM aurait dû gagner beaucoup plus que ce qu’il n’a eu. Il n’a quasiment rien gagné du tout, et moi encore moins. Maintenant t’arrives avec ton manager, ton avocat… Tu vois. Nous on avait 22/23 ans, on faisait des études encore, mais on a été utilisés, on s’est fait carotter. Tout ce que je possède, je l’ai payé de ma propre poche.

Tu revois toujours EJM ? Comment va-t-il ? Que fait-il ?

(sourire) Ben EJ va bien. Il vit une vie qu’un bonhomme de 30 ans comme moi doit vivre… Mais bon, maintenant je le peux le dire fort, le hip hop a vraiment bouffé ma vie. Je me suis énormément investi dans le hip hop en laissant beaucoup de choses de côté. Sans rentrer dans mes problèmes persos, j’ai laissé des choses partir que je n’aurais jamais dû laisser partir. Je me suis trop enfermé dans mon truc, et j’en paye les frais. EJ c’est pareil, il s’est trop investi, et en retour il n’a presque rien eu. Mais en tout cas il va très bien. Il veut refaire des trucs, il est en pourparler avec pas mal de personnes. Il rappe toujours je l’avais vu sur une scène en Suisse, il a monté quelque chose avec des rappeurs suisses et voilà. Mais il va bien !

La période EJM est vraiment la période où tu évoluais au sein d’un groupe. Maintenant tu travailles plus ou moins avec certaines personnes, quelles sont tes affiliations, tes projets avec eux ?

Pour moi, un groupe c’est des gars avec qui tu galères. Tu vois les choses, tu évolues… Avec EJ on est parti en vacances, on a déliré, on est parti en tournée etc… C’était mon gars. Une fois ce délire fini, tu ne veux plus appartenir à qui que ce soit. Je suis prêt à faire des trucs avec des gens c’est évident. J’ai connu Tekila qui est venu poser pour une de mes mix tape en freestyle. J’ai kiffé le délire du gars et du groupe avec Cuizi et Tido qui avaient vraiment un délire à eux. J’ai vite été saoulé des violons des guitares… Pour moi un rappeur doit pouvoir évoluer sur n’importe quoi (jusqu’à un certain point bien sûr). TTC n’ont pas de barrière, donc déjà ça m’a vachement séduit et puis de là j’ai connu des gens autours d’eux : La Caution, Hi Tek, Nick Fury, et de là on s’est lié d’amitié. Mais je vais te dire un truc, tous les gens avec qui je bosse, c’est avant tout un feeling. Y a de l’amitié au départ. Je travaille au feeling, je travaille pas encore à la commande. Je fais des sons, je leur fais écouter, ils kiffent ou pas et voilà. Ca a toujours marché comme ça avec TTC, pareil avec La Caution. Tant que je peux le faire comme ça, je le ferai. Je fais partie, on peut le dire de TTC, bien que DJ Tox (Orgasmic) soit le DJ + affilié à TTC de par son délire turntablist. Je suis aussi dedans, mais peut être moins que lui. Moi j’ai mes prods, je fais 50 % de prods, lui c’est 100 % dj’ing tu vois ! Mais bon si on fait un truc ensemble, je m’occuperai des beats et lui des scratchs, tout en rajoutant ma touche perso en scratch. Pour La Caution, Tox devait faire la tournée d’Assassin, mais ça ne s’est pas fait, donc ils ont fait appel à moi. J’ai accepté pour revivre le bonheur d’une tournée. Et ça s’est hyper bien passé, c’était mortel on a trop déliré, on s’est super bien entendu. On est rentré dans le délire direct, c’est à dire que le DJ avait une place super importante, je ne faisais pas que scratcher. Je prenais le mic, j’intervenais, il y avait une alchimie parfaite. Je suis rentré un peu dans le délire de Mr. Len qui participe totalement au déroulement des morceaux et à l’évolution de la musique. C’était vraiment bien.

Justement, il y a eu beaucoup d’échos comme quoi la première partie de La Caution était presque supérieure au concert d’Assassin.

Olalalala ! (mort de rire) Je peux te dire en tout cas pour La Caution ça fait super plaisir, je suis hyper content d’entendre ça. Maintenant de ma propre gouverne, j’ai beaucoup d’humilité. Assassin je respecte grave, ils tiennent quand même 1h30 ! Faut les faire. La Caution c’est 30 minutes tu vois. Mais notre concert a été hyper bien accueilli. Mais on a su arriver et amener ça bien aux gens. On a eu des super retours, c’est hyper positif pour La Caution. Alors peut être q’un jour on sera amené à faire 1h30 sur scène avec La Caution. Mais on n’a pas été meilleur, on a apporté un autre truc. Assassin c’est un SHOW, nous c’est un concert où tu vois 2 emcees et un DJ. Assassin c’est un tout. C’est presque un karaoké géant. Tout le monde connaissait les paroles par cœur. Mais 30 dates c’est épuisant !

TTC a signé sur Big Dada (division hip hop de Ninja Tune), participes-tu à l’album ?

Le deal a été trouvé par Flash Gordon et Tekilatex, maintenant c’est Flash qui fait la majorité des sons de l’album, il en a fait 8. C’était la décision de Big Dada puisqu’ils connaissaient bien Flash et appréciaient beaucoup son style. Big Dada ne me connaissait pas, ils ne connaissaient pas Nickfurie. Je n’avais eu aucun retour de 'Trop Frais', mais Flash était enchanté de partager quelques titres. Moi je leur ai cédé 2 morceaux, Nickfurie pareil, et puis voilà ça va changer un peu l’atmosphère. Maintenant Flash lui a sa conception, il est très très fort musicalement, 'Subway' c’est une brute de son ! Mais tu vois, 14 sons de lui ça aurait été un peu barré, un peu lourd. Alors 4 ou 5 sons différents ça apporte une bonne balance. Le 'Subway' arrive avec 'Leguman', c’est Flash sur les 2 faces. Après on verra pour l’album et comment les choses se profilent par la suite. Mais déposer 2 sons pour TTC je suis déjà content, c’est bien.

Comment as-tu vécu l’évolution du hip hop américain avec notamment le développement d’une scène underground indépendante vers 1996 ?

Depuis 86/87, j’ai toujours acheté des disques, parce que bon quand tu aimes le rap tu aimes le rap. Mais j’ai eu un moment, une sorte de prise de conscience, où je n’arrivais plus à acheter Jay-Z pourtant je kiffe Jay-Z. Mais je n’arrivais plus à acheter tous ces trucs signés sur des majors avec une pub de fous, 12 pages dans The Source, hyper conçus… Je les écoutais, mais je n’achetais pas. J’avais l’impression que c’était du vu et revu, il me fallait plus ! Je n’ai pas attendu Rawkus, j’achetais déjà des petits labels qui étaient terribles. A Paris y avait Tikaret qui importait des labels indépendants comme ça. Avec ce flop que je voyais venir de plus en plus vite, je continuais à choper des petits sons. Et plus ça allait, plus je prenais des sons que les gens ne voulaient pas écouter. Je voulais avoir mon truc à moi. Il me fallait une nouvelle source d’envie, pour continuer à mixer, à scratcher… Je voulais pas reprendre ce que tout le monde reprend à l’heure actuelle. Cette vague d’indépendants est arrivée, et j’étais grave dedans. J’ai pas arrêté de jeter mes tunes dedans, et en fin de compte ça m’a sauvé, ça m’a donné une bouffée d’air frais ENORME ! Aujourd’hui je le vis hyper bien, même si je continue à acheter quelques standards de Jay-Z et tout le rap américain du même calibre Busta, DMX … Mais mon cœur balance pour les labels indépendants. Surtout Company Flow ! Alors là, le jour où j’ai eu l’album, ça a été comme la première fois où j’ai entendu le LL Cool J, le Public Enemy, le Rakim, le NWA. Une putain de claque ! Et là tu te dis… merde, ça va loin le hip hop. C’est ça qui est fort. Eux ils n’ont presque pas de limite.

Vers 95/96, j’écoutais beaucoup Group Home, Guru, Jeru j’en passe et des meilleurs… J’adorais ça, c’était terrible. Mais j’avais découvert autre chose, des groupes qu’on connaissait pas, des emcees qu’on connaissait pas, des DJ’s qu’on connaissait pas aussi, car dans les indépendants les DJ’s scratchaient beaucoup plus, ils sont hyper actifs, et tu te dis "putain, les DJ’s existent toujours" et ça te motive énormément. Il y a eu vraiment un fossé. Les gens n’achetaient que des pochettes avec des têtes, des fringues… Tu te dis "mais merde y a autre chose".

A ce jour, tu as ton émission radio sur 88.2, qui en fait est plus celle de Lord Jazz. Comment vous êtes-vous rencontré ? Comment vous en êtes arrivé à avoir une émission sur Génération ?

Alors Jazz je le connais depuis 6 ans. Je l’ai rencontré lors d’une tournée des Lordz of the Underground en suisse. Je jouais avant et après la soirée. J’ai joué avec Lord Jazz. On a gardé contact, je suis allé à NY, New Jersey. Il m’a amené à connaître beaucoup de monde là-bas. On a gardé contact, j’y suis retourné pas mal de fois, etc… Et puis il est venu en France avec les lordz, donc bien sur j’étais là. Sa femme est française, elle habite à Paris. Il faisait la navette Paris/NY, on était ensemble, on a galéré ensemble… Puis il s’est installé à Paris donc on s’est présenté à beaucoup de radios en disant "voilà Lord Jazz est là, on voudrait une émission". On est allé voir Génération, et Kaze nous a proposé de faire une émission à la kainri, tout en anglais, même si les gens ne comprennent pas, mais qu’il y ait un feeling qui passe. Et puis voilà, c’était le show de Lord Jazz, et comme c’était mon pote, ben il m’a inclus dedans, et vu que je parle les deux langues bien, je servais un peu de transition pour faire comprendre ce qu’il a envie de faire passer en français. Mais il passe ce qu’il a envie de passer. Bon des fois je suis aux platines, et j’essaye d’amener ma sauce indépendant total. Ca passe, mais quand il est là il préfère les trucs plus groove, mainstream. Mais c’est son émission, c’est son show. Moi je pense avoir éventuellement mon émission tout seul, d’ici peut être 1 mois. Et si c’est le cas, eh bien ça sera vraiment de l’indépendant total, voilà.

Tu as fais une K7 : Underground Explorer. Comment est né ce projet ? A qui est destinée cette mix tape ?

A la base c’est surtout pour moi ! Et aussi pour mes disques, parce que j’en ai marre qu’ils dorment. Moi je suis DJ de soirée aussi, et en soirée tu ne peux pas passer ça, tu vois. Alors j’en avais marre d’acheter des disques que je kiffe, mais que je ne pouvais pas faire écouter aux gens. Et c’était le seul moyen de le faire partager. A l’époque (mai/juin 2000) je n’avais pas d’émission, donc aucun moyen de passer mes disques. Alors je me suis dit "faisons quelque chose qui se démarque, que tout le monde ne fait pas, où n’ose pas y aller". Après si je prend de l’argent c’est bien, sinon c’est pas grave, car c’est pour le kiff. Tout ce que j’ai pu faire avant c’est avant tout pour le kiff. Maintenant c’est aussi pour montrer aux gens que ça existe, qu’il y a autre chose. Les gens qui ne l’ont pas ben allez l’acheter, et ceux qui l’on ben merci et continuez à l’écouter. Bon sinon y a la deuxième qui arrive, qui va être encore plus barrée. Et plus je pourrai aller loin, plus j’irai, mais attention, tout en gardant cette consonance hip hop, car c’est hyper important, rythmiquement c’est important, parce que j’ai entendu dernièrement Boom Bip et Dose One, j’ai acheté l’album, ça va loin, trop loin, j’aime bien, mais je n’amènerai pas les gens là dedans, tu vois. Mais dès que je pourrai aller loin j’irai c’est clair. La deuxième arrive très bientôt, c’est vraiment un kiff, et amener dans le milieu des mix tapes un autre truc. Et un jour il y aura bien une soirée underground hip hop où on me demandera de passer Slumplordz, Rasco, Company Flow, The Grouch. Et quand ça arrivera, tu ne pourra pas appeler un DJ mainstream, il ne pourra pas, c’est impossible. Tu pourra passer des classiques, mais à un moment il faudra que tu passes des trucs barrés, comme je l’ai fait avec Tox (Orgasmic) il y a un an avant Vadim au Batofar. Là c’était mortel, je me suis lâché, je passais tout, haha ! je m’en foutais. Les gens étaient là ; plus à écouter les sons et à se dire "merde !". C’était un réel plaisir. J’espère que ça va se refaire, et quand ça se refera, j’espère que les gens seront là.

La scène underground "parisienne", depuis quelques temps a tendance à se développer sérieusement, bien que restant un microcosme encore restreint, vois-tu une réelle évolution que se soit au niveau des magasins, des distributions, des radios, concerts ou soirées, et enfin des groupes ?

Au niveau des magasins, il y a encore un gros problème. Je ne vais pas en citer, c’est pas le but. Mais il ne sont pas au courant, dès fois ils ont des trucs, mais ils ne le savent pas, tu vois. Certains magasins prennent le bateau et se disent "bon on achète ça et on verra si ca se vend". Et d’autres magasins qui n’achètent pas. Là ça pose problème car à Paris il n’y a pas un seul magasin Spé… je vais pas dire "spé" parce que je veux pas que l’on rentre le hip hop "underground" dans du "spé". Mais bon y a pas un magasin qui fait des petits labels hip hop. Y’en a pas encore à Paris. Je dis pas que je le veux, je dis pas que ça ne doit pas exister, mais y’en a pas. Maintenant, je vois qu’il y a un public. Mais c’est des gens très retenus, qui sont dans un autre moule. Tous ces gens, c’est ceux qui sont encore dans la musique électronique, qui en ont peut être un petit peu marre, et qui commencent à trouver leur voie dans le hip hop indépendant et qui se sentent bien. Et ce n’est pas le public jiggy, eux ils ne rentrent pas dedans. Il faudrait monter un truc du genre Lyricist Lounge avec des emcees qui rappent sur des instrus de fous, des DJ’s qui font des battles… Y a un truc qui a essayé de se monter avec Antoine Garnier, c’était léger, ça ne m’a pas convaincu. Mais il y a un public, c’est clair. Le Batofar ça m’a ouvert les yeux, ma mix tape aussi, car j’en ai vendu dans tous les sens. Et avec la tournée j’ai eu plein de retours hyper positifs, même si c’est une personne par soir qui vient me voir et me dit "ouais j’ai acheté ta tape, c’est mortel merci !" ça me fait super plaisir. Je crois que les gens qui sont dedans ont vraiment trouvé leur truc. En plus le turntablism rentre vraiment sur le devant de la scène, et c’est une bonne chose, car le turntablism a vraiment sa place dans le hip hop. Il y a beaucoup de gens qui se retrouvent là dedans. Moi je veux pas que l’on rentre ça comme du spé, pour moi et pour beaucoup de gens c’est du hiphop. C’est une autre évolution du hip hop, ça va être le hip hop de l’an 2000. Je crois qu’à un moment, les gens en pourront pas faire autrement que d’écouter autre chose. Ca ne va pas rester 1000 ans dans le gouffre.

Quelle est ton opinion sur l’état actuel du hip hop français, tes espérances dans le hip hop français ?

Je ne suis pas un adepte total. Je n’aimais les acteurs qui étaient au top il y a quelques années, je n’aimais pas leurs textes, je n’aimais pas les beats, donc forcément il ne restait plus grand chose. Maintenant l’évolution me plait. Ca commence à arriver. La caution, TTC, Lunatic, Triptik… Y a plein de bons trucs, mais il faut que ceux là se démarquent des autres et restent ce qu’ils sont. Je trouve ça mortel. Mais je pense qu’il faudrait qu’il y ait plus d’indépendants qui sortent des petits trucs avec un bon niveau. Parce qu'au jour d’aujourd’hui il y a beaucoup trop de choses qui restent merdiques. Au niveau des flows, des paroles, ça reste encore des trucs de cités, de racailles. Les seuls à bien le faire c’était Lunatic. Après tu ne peux pas faire une pâle copie de Lunatic tout le temps. Tu ne peux pas sortir de ta cité, dire que tu vas rapper parce que ton chien il t’a mordu ou que t’as un pittbull, je trouve que c’est ridicule, c’est mal fait, musicalement c’est nase. Tu ne peux pas te dire "tiens je vais aller m’acheter un sampler", et mettre en boucle 3 notes de violons et raper dessus. Y a une connaissance de la musique, et des musiques. Il faut savoir qu’une caisse claire sonne comme ça, qu’un pied sonne comme ça, qu’un charlet sonne comme ça. Tu ne peux pas tout boucler, pour dire que tu fais un son. Au niveau des prods, je trouve que ça devrait plus se lâcher, et aller plus loin. Mais j’entends de bons trucs. Mais il nous faut encore 5 ans pour y arriver.

Pour toi, y a t il encore un fossé entre le hip hop français et le hip hop anglais ou américain ?

Le hip hop français a pris sa propre direction. Les marseillais ont apporté le truc mélancolique, on ne rappe que sur des violons, c’est la merde, etc… Et les gens ont cru que le rap français c’était ça. C’est vraiment malheureux. Les anglais sont déjà loin, les américains sont très loin, et les allemands sont loin. On faisait les éloges de la France comme quoi on était le 2è pays au monde à vendre du rap, mais c’est pas vrai, y a l’Allemagne devant . Faut pas se leurrer. On est ou en retard, ou on avance à la française. Mais le pire c’est qu’il y a des bons rappeurs, comme Rocca, Oxmo, Lunatic, Xmen, La Caution, TTC, Triptik, Busta Flex avant… Mais on est loin du produit anglais, on doit travailler encore, et oui on est vraiment très loin du produit américain.

Toi qui a beaucoup voyagé et fais des concerts un peu partout en Europe, Finlande, Norvège… Comment est l’esprit là bas ? Existe-t-il une entité hip hop ?

Je crois qu’il n’y a qu’en France où l’on voit le hip hop différement. Tu vas en Finlande dans des soirées, t’es égaré. Tu vas en Allemagne, c’est pareil, l’Angleterre idem. La France s’enferme dans son truc croyant qu’elle est au top de quelque chose, mais elle est au top de rien du tout. L’Allemagne est en avance, ou plutôt la France est en retard. En Allemagne, le break, le graff est beaucoup plus développé qu’en France. Moi j’ai vu en Suisse 5000 b-boys dans un stadium. Pas une bagarre. Battle de break à gogos, et ça s’est fini en pleins de petites soirées partout dans le stadium. Ca ne peut pas se faire en France. C’est ingérable. Tous les pays autour de nous ont une discipline que nous n’avons pas en France. La discipline est ce qui fera toute le différence. En France quand tu discutes avec des gens, ils font du rap. Ceux là ils sont perdus. A l’étranger, bien sûr que tout est réunis, quand il y a un concours de break, il y a des graffeurs qui peignent en live, des DJ’s, des emcees, peu importe la langue. Il y a un mouvement, il y a un truc, chose qu’il n’y a pas en France. C’est l’autodiscipline, si ton peuple est discipliné, tu peux tout faire. En France c’est perdu.

Peux-tu nous parler de Underground Explorer 2 ? Combien de volumes comptes-tu sortir ?

Je vais essayer d’amener les choses un peu plus loin, tout en gardant les bases hip hop, car je suis hip hop à fond. Je vais essayer d’amener des choses que les gens ne connaissent pas, n’ont pas le temps de choper parce que ça passe trop vite, que c’est en petits labels, en 5 exemplaires, ou même des exclus que j’ai. Bon là j’ai eu des exclus de Microft encore, le Cannibal Ox, haha ! Je pense que c’est surtout ça qui va faire vendre la K7. Puis plein d’autres trucs, je veux vraiment amener autre chose aux gens. Il ne s’agit pas de dénigrer le hip hop d’en haut, mais dire qu’il se passe des choses en bas et qu’il ne faut pas oublier. Voilà, sinon je ne sais pas combien de volumes je sortirai, tant que ça me porte je le ferai, et puis c’est un plaisir surtout. Bon là tu es chez moi, comme tu peux le constater, je ne badine pas sur les disques, c’est ma vie. J’ai consacré 30 ans de ma vie au hip hop. Je ne travaille pas, je fais que ça. Ma vie est une passion. En un sens ça a gâché ma vie, c’est contradictoire, mais j’ai mis beaucoup d’argent dedans, et je me dis "putain merde, j’aurai pu acheter une voiture". Mais j’aurais été quelqu’un d’autre tu vois. Bon c’est ce que tu te dis des fois quand tu es un peu morose ou tu n’as pas la pêche. Mais tant que je peux sortir des tapes, faire des concerts, etc … je le ferai.

Justement, as-tu d’autres projets, que se soit chez Kerozen ou ailleurs ?

Kerozen est en train de se développer, et je leur souhaite du fond du cœur d’arriver à ce qu’ils veulent devenir. Je sais qu’ils veulent sortir des vinyls… C’est très bien, il faudrait plus de truc dans ce genre en France. Kerozen me soutient depuis quelques temps, il me laisse totalement libre pour mes mixtapes, et je leur remercie. Maintenant tant qu’ils me soutiendront, je continuerai. Je vais sortir d’autres produits un peu différents, comme une K7 electro pour les breakers, et puis une compile de rap français avec mes productions. Mon projet est de réunir toutes mes connections, les gens suisses, allemands, finlandais et de les réunir avec TTC, La Caution… Au point de vue des ventes ça touchera tous les pays. Le gars qui voudra entendre du finlandais, il aura son finlandais, le gars qui voudra écouter de l’allemand, il aura son allemand … Ca donnera quelque chose de différent. Je travaille sur mes sons à fond. Dès que j’aurai réunis 200 sons, je commencerai. Maintenant si Kerozen veut m’aider derrière ça, y a pas de problème, mais ils devront prouver qu'ils en sont capables. Sinon j’irai voir des éditions ou des conneries comme ça, voilà.

Au niveau des tes prods, avec quels matos travailles-tu ? comment procèdes-tu pour l’élaboration de tes instrus ?

Euh… Alors je travaille avec hum et je travaille avec hum, c’est à dire pas grand chose. Je le dis franchement j’ai pas grand chose, je fais avec les moyen du bord. Mais je travaille avant toute chose au feeling. J’entends une boucle, je kiffe la boucle, si elle n’a pas été cramé, je la prend et l’utilise à ma sauce. Si j’entend un bruit bizarre je le prend à ma sauce. C’est vraiment du feeling. Mais tout se rejoint, la mix tape, les rappeurs avec qui je bosse, mes prods… Tant que je peux travailler au feeling je le ferai. Si demain matin j’arrive à la commande avec mon label etc… ça sera une autre histoire. Si on me dit "ouais Fab faut que tu fasses un remix pour Madonna", ça va être plus difficile. J’ai pas eu encore l’habitude de travailller à la commande. J’ai pleins de sons, les seuls qui viennent me voir c’est TTC et la Caution et deux de mes gars, Ladga ex-Aktéphrazé et Féroce ex-Fauve. A l’heure actuelle ça me plait, je ne me prend pas la tête. Tant que ça reste du feeling ça reste humainement enrichissant. Si demain on me dépose 20 millions de F et on me dit, il nous faut 50 sons comme ci ou comme ça, ça sera un vrai challenge pour moi. Si je peux travailler à la commande, ça voudra dire que je suis arrivé à maturité. Et ça serait bien pour que je puisse vivre. C’est sûr que je veux plus de matos, un endroit où je puisse recevoir rappeurs et DJ’s et que se soit un lieu de travail. Parce que bon je vis encore chez ma mère, y a les voisins… C’est une lutte quoi. A partir d’une certaine heure faut mettre le sons tout bas sinon ça gène. Je travaille encore dans l’underground à TOUT point de vue. Y a pas "Fab travaille dans le luxe". Y a pas une villa qui m’attend derrière, y a rien. Je travaille avec très peu de matos, j’ai pas besoin de le citer, mais j’essaye d’en tirer profit au maximum et voilà.

Sais-tu ce qui se passe sur Internet, le développement des sites hip hop, des communautés, des forums de discussions… Crois-tu que ça puisse apporter quelque chose au hip hop ?

Je crois que comme le tel portable, le fax etc… c’est devenu indispensable. Moi si je pouvais m’y mettre, avoir un site, je le ferais grave ! Mais j’ai pas le temps de m’y mettre pour le moment. Mais j’aimerais beaucoup me connecter avec des gens, savoir ce qu’ils pensent, leur visionsdes chose… Je pense que c’est l’avenir. Je crois que ma mixtape et tous les trucs que font TTC, tout s’est propagé par Internet d’abord. Si demain matin je peux monter mon site, je cours je le fais. Mais je suis totalement novice. Je vois Tekila qui est un as là-dedans. Mais je suis prêt à m’y mettre à apprendre, parce que c’est vraiment l’avenir, on a tous à y gagner.

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