DEF TEX - Serene Bug

Les premiers symptômes d’une maladie se propage dans le paysage musical anglais à l’insu d’un public peu exigeant : le manque de créativité. Une maladie qui frappe de plus en plus d’artistes hip-hop. Le remède existe pourtant, il est secrètement gardé par des nomades de la musique se dirigeant au-delà des contrées désertiques du hip-hop anglais.

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Ce n’est pas en comptant les années d’expérience qu’on peut prouver qu’on est capable de se renouveler. Par exemple, le groupe Gunshot, après avoir sorti un excellent E.P. puis le mythique Patriot Games, aligne les sorties décevantes jusqu’à leur dernier album annoncé comme le testament du groupe, une catastrophe sans nom. Autre exemple, le duo London Posse, qui accumule les fautes de goût (maxis peu convaincants) depuis leur unique album Gangster Chronicle. Rodney P lâchera par la suite son partenaire décidé à s’investir dans la scène jungle, et sortira des maxis peu mémorables jusqu’à présent (à part un produit par DJ Bizznizz en 96). Les années qui passent voient les premiers symptômes d’une maladie qui se propage dans le paysage musical anglais à l’insu d’un public peu exigeant : le manque de créativité. Une maladie qui frappe de plus en plus d’artistes hip-hop (en France, elle a fait plus de victimes que le virus Ebola). Le remède existe pourtant, il est secrètement gardé par des nomades de la musique se dirigeant au-delà des contrées désertiques du hip-hop anglais.

Le quatuor Def Tex fait partie de ces gens. Traversant les âges préhistoriques du hip-hop anglais, le trio Chrome (MC), R-Key (producteur) et Sure Delight (DJ) se forme en 87 et signe sur Ten Records (filiale de Virgin, là où se trouvaient entre autres des dinosaures comme Soul II Soul et Mantronix). Malgré plusieurs morceaux déjà enregistrés, ils resteront bloqués sous le soleil de la major en ne sortant aucun disque. Le trio décide de retourner dans l’ombre des palmiers et enrôlera par la suite The Anthropologist (un de leurs danseurs qui a décidé de passer au micro) et un live band pour un additif scénique plus percutant. Au fil du temps, Def Tex accumule E.P.’s et maxis mais n’obtient finalement qu’une reconnaissance critique encore mineure. En 1998, le label Son ouvre ses portes et récupère quelques vétérans comme Huntkillbury Finn, Cappo et enfin Def Tex qui prend un nouveau départ au sein de label. Le groupe y sort l’ E.P. Poetic Speech Techniques et le maxi Synchronise, annonciateurs d’un premier long format qui apparaît enfin dans les bacs en automne 2001.

Mettons les choses au clair tout de suite, l’album de Def Tex est un album plein de charmes, qui surprend par sa fraîcheur et ses divers ingrédients. Même si tout n’est pas parfait sur cet album, on se laisse porter facilement par les rythmiques organiques très abondants, les flows qui sentent bon la old-shool sans vraiment l’être, la participation de leur live band sur quelques morceaux et surtout un souci du travail et de la finition qui se ressentent à chaque plage. Les morceaux sont riches, entraînants, malgré les boucles et samples minimaux, et vous invitent à fermer les yeux et à laisser faire votre imagination. D’ailleurs le quatuor cultive un son typiquement anglais, on pourrait difficilement le juger autrement à l’écoute.

Seul leur classique et très théâtral "Poetic Speech Techniques", morceau qui ouvre l’album, est un peu à l’écart musicalement parlant du reste de l’album, son seul point commun avec les autres morceaux étant un son très solide. La suite n’est pas en reste : "They Knew Us", le solo de l’Anthropologist, est inspiré par le Tricky dans la période Maxinquaye. L’âpre "Synchronise" (featuring DPF, apparemment leur poulain) est un morceau rugueux et percutant par excellence. Puis viennent les très énergiques "Rare Ride" (déjà paru sur l’E.P. Poetic Speech Techniques), "Fresh Air" (featuring Ezra des Vinyl Dialects et leur compagnon de label Cappo) et "Into The Future", véritables hymnes qui incitent à bouger la tête.

La fin d’album fléchit un peu par rapport au reste mais qu’importe, Def Tex a réussi le tour de force d’affirmer sa différence sans tomber dans un enchevêtrement sonore anecdotique. Le groupe réalise un recueil de morceaux excellent, complet et finalement très attachant puisque passée la charnière centrale de l’album, on se surprend à décortiquer et à apprécier les morceaux qu’on a mis volontairement à l’écart lors des premières écoutes. Cet album est une bénédiction, un oasis dans le désert du rap anglais.

Peu à peu, le hip-hop anglais suit le chemin qu’a tracé son consort français. Les explosions surgies à la fin des années 80 et durant la période 95-98 ont vite été étouffées par l’uniformisation et le pompage, méthodes efficaces quand il s’agit de braconner des curiosités hors-normes venues des plus profondes savanes.

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