COMPILATION - We Came From Beyond

Une compilation en hommage à une émission radio, voilà le concept douteux derrière WCFB. Oui mais voilà, il s'agit de l'émission de Mike Nardone, sorte d'équivalent west coast de Bobbito Garcia pour simplifier, celui grâce à qui Jurassic 5, Solesides, Cypress Hill, Freestyle Fellowship et bien d'autres ont pu commencer à faire parler d'eux via les ondes californiennes.

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Jeff Chang aka DJ Zen, déjà responsable de la sympathique saga Solesides sur Greatest Bumps retrace brièvement au dos l'historique de l'émission (qui a perdurée 13 ans, de 85 à 98) et souligne l'influence de Nardone sur nombre de rappeurs californiens qui se faisaient des tapes de ses mixes alors ados. Evidence y avoue son ignorance de l'existence d'une scène underground avant l'écoute de We Came - ce qui laisse songeur, lui qui n'a toujours pas assimilé le concept de recherche artistique, Chief XCel rajoute 2-3 banalités et Brian Cross lui offre - à Nardone bien sûr - le titre de "b-boy premier" (pourquoi pas).

Le concept artisitique semble assez vague, une réunion de titres dont certains sont des raretés, d'autres des inédits enregistrés entre 92 et 2001 par de grosses pointures et de total inconnus.

On passera rapidement sur la pochette peu alléchante avec son dessin moche et son tag orange.

Le contenu est à l'image du tracklisting : de l'insignifiant au très bon, toujours dans une veine musicale west coast ('logique"). Dans les prix d'honneurs on retrouve Freestyle Fellowship avec un "Ummm..." millésimé 92 qui met une claque à bon nombre de ses acolytes contemporains, une prod' entraînante, une combinaison parfaite entre les 4 mcs, bref, le genre de perle énergétique que l'on retrouve chez leurs compères de... Jurassic 5. Les J5 qui s'illustrent eux sur leur premier morceau commun. A rappeler qu'au départ Cut Chemist, Chali 2Na et Marc 7 faisaient parti du collectif Unity Committee et Numark, Zaakir et Akil se nommaient les Rebels Of Rhythm... D'où le nom de ce premier titre (du moins j'imagine) "Unified Rebelution". Le son funky et les combis sont déjà là, rien à redire, que du bonheur. Pareil pour "40 Oz For Breakfast" de Blackalicious paru à l'époque sur Melodica, bonne petite instru de Shadow avec un beat bien costaud et les petits riffs au synthé caractéristiques, et Gift et Chief toujours au top.

En comparaison on aurait envie de dire du Dilated Peoples "Weed Vs. Beer" qu'il est "toujours aussi pourri" et traité avec autant de finesse qu'une prod de Joey Chavez (coincidence troublante, c'est lui qui s'y colle). A contrario, le morceau de Mighty Casey "Liquorland", s'il traite quasiment du même sujet est abordé avec pas mal d'humour (appréciez le petit sample en fond) qui fait passer l'instru indigeste.

Les Rhyme Sayers sont de sortis, d'abord avec Atmosphere qui sert un ennuyeux "52 Pick Up" malgré la présence de Slug ; puis Eyedea seul pour un "Even Shadows Have Shadows" guilleret ; Pep Love nous offre un bon "Relief" dans le style ah-les-fake-mcs-ils-veulent-tous-se-la-raconter servi par un refrain accrocheur ; Nardone signe un remix bien anodin des Beastie Boys qui nous fait espérer qu'il soit meilleur animateur que producteur (oui, je sais, "méchanceté gratuite"). Count Bass D est lui aussi bien fade et Awol One se fait plutôt discret alors qu'un nouveau duo inconnu au bataillon, Fat Hed & Dj Fred C, nous fait bien marrer avec un ego trip un peu stupide, un autre hymne anti-fake mcs ("They want to put hip hop in da grave, me I'm a b-boy wit da world to save"... ça ne s'invente pas).

Motion Man et Kutmasta Kurt, soient les Masters Of Illusion sans Kool Keith sont aussi présents et l'absence du Dr Octagon aka Sinister 6000 aka Dr Dooom aka Mr Gerbick aka Spankmaster se fait lourdement ressentir... A moins que ce soit l'instru qui ressemble à l'instru précédente qui elle-même ressemblait... Etc...

C'est là qu'on se rend bien compte qu'on ne peut plus se contenter d'une boucle facile - quelle que soit la qualité du MC qui pose dessus - depuis qu'El-P, Jel, Sixtoo et consorts nous servent leurs prods compliquées et intéressantes. Le dernier morceau permet néanmoins de finir avec un bon goût dans la bouche grâce à "Rob One Rock On", track épique d'un quart d'heure impliquant pas moins de 23 personnes dont 19 mcs. Il s'agit là d'un hommage au DJ Rob One, autre légende californienne morte d'un cancer que viennent saluer une dernière fois plusieurs de ses potes. Sur une instru d'Omid, qui a accompli l'exploit de rendre (presque) supportable la même boucle mélancolique sur 15 minutes, viennent s'apposer un beatbox de Spoon (Of Iodine), des cuts de Dusk, un trompettiste, plus 4 Shapeshifters, 2 Visionnaries, 2 Freestyle Fellowship, Radioinactive, Rakaa et d'autres gens qui me sont inconnus. En tout cas il semblerait que le monsieur cassait ses disques en plein set quand les gens ne dansaient pas... A tester chez des amis.

Voilà. On reprochera surtout la médiocrité du son et, à quelques exceptions près, la trop grande linéarité des instrus qui est parfois dure à supporter, enfin achetez-là au moins pour les tracks 1, 6, 11 et 14. Et le speech de Zen...

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