JEDI MIND TRICKS - The Psycho-Social, Chemical, Biological, and Electro-Magnetic Manipulation of Human Consciousness

Si 1996 reste l’année de naissance, ou plutôt d’émergence, de la nouvelle scène hip hop indépendante, venue remplacer à coup de singles incendiaires une aristocratie rap devenue obsolète, 1997 est celle des grandes oeuvres, des premiers classiques. Parmi ceux-ci, le premier album des Jedi Mind Tricks, The Psycho-Social, Chemical, Biological, and Electro-Magnetic Manipulation of Human Consciousness (ouf, rien que ça !) occupe une place de choix, à peu près au même niveau, pour que les choses soient claires, que le Funcrusher Plus de Company Flow.

JEDI MIND TRICKS - The Psycho-Social, Chemical, Biological, and Electro-Magnetic Manipulation of Human Consciousness

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Sorti uniquement en vinyle, quasiment épuisé, l’album succédait à un EP sorti l’année d’avant, et qui avait servi d’introduction au rap extra-terrestre des JMT, lequel se résume à un hip hop lent, étrange, éthéré, servi par les paroles cryptiques, mythologiques, religieuses et sacrilèges du MC Ikon the Verbal Hologram épaulé par ses comparses les Lost Children of Babylon, et renforcé par la production surnaturelle de Stoupe the Enemy of Mankind.

Sur le format court caractéristique du vinyle, les Jedi Mind Tricks étalent 12 titres qui, à part peut-être le court remix de "Neva Antiquated", sont chacun des classiques. Aucun ne se ressemble vraiment, mais quelques constantes existent. Le goût, tout d’abord, pour les ambiances étranges et oppressantes, flagrant dès la magistrale intro de l’album. Tout au long de l’album se vérifie en effet la comparaison souvent faite entre Stoupe et un RZA sous calmants, plus "ambiant" et plus bizarre que l’original. Une sorte de rap gothique, aux paroles grandiloquentes mais aux compositions minimales à souhait.

Les Jedi Mind Tricks parviennent toutefois à dégager une grande palette de sentiments à partir de cette base. Le malaise revient souvent, sur "Incantrix", ou sur "Chinese Water Torture" et ses samples de clapotis d’eau, lointains, nimbés, qui évoquent le son de Co-Flow à la même époque, notamment sur "Population Control". Même chose sur "Omnicron", titre qui joue à merveille du contraste entre guitare acoustique et sons bizarres, ou sur le morriconien "The Apostle Creed". Ils parviennent également à dégager, à créer une sorte de soul blanche, par des samples immodérés de voix féminines particulièrement éthérées, utilisés sans retenue sur "Books of Blood" et sur le magnifique "The Immaculate Conception", peut-être le titre le plus saillant de The Psycho-Social... Les JMT n’ont également pas leur pareil pour prouver que le hip hop mélancolique existe, par exemple sur le traînard et plaintif "The Winds of War" ou sur le finale "I Who Have Nothing".

The Psycho-Social... est donc, plus qu’un classique, un album fondateur et séminal, qui contient en germe les nombreux développement de la scène hip hop indépendante les années suivantes. On retrouvera certains de ces éléments aussi bien chez Anti-Pop Consortium que chez les siphonnés d’Anticon ("Books of Blood", notamment, ressemble à s’y méprendre à du Deep Puddle Dynamics), mais en plus concis, sans la surcharge. Bref, en beaucoup mieux. Il ne reste donc plus à cet album qu’à être réédité en CD, et distribué un jour à la mesure de son importance. Définitive, fondamentale.

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