DJ SPOOKY - Interview

Interview DJ Spooky, éditée d'après un enregistrement réalisé à l'Aéronef, Lille, en anglais et en français (excusez les déformations formelles). DJ Spooky, artiste touche à tout, rédacteur d'articles et professeur à ses heures est assis à une table et mange du poisson. Un bonnet style sud-américain sur la tête, il est visiblement absorbé par la télévision allumée. Une fois le poste arrêté, on peut commencer à parler...

DJ Spooky = architecture ou collage ?

Ca tient plus de l'architecture. J'essaie d'agencer mes rythmes et mes beats comme une structure d'idées. Dans ce sens, c'est comme si je jouais avec l'histoire, tu vois, le hiphop ça veut dire sampler, faire des références ou reprendre et donc c'est une sorte d'architecture du temps.

Le passé comme un ingrédient parmi d'autres ?

Oui, le temps passé devient une archive, on peut jouer avec les fragments du temps comme on le veut et en même temps cela constitue une forme d'irrévérence. Le fragment dans la structure / architecture devient un élément variable. La platine devient une machine à remonter le temps même si quelques règles subsistent...

Est-ce qu'il y a une connexion pertinente entre la musique et l'espace (ou s'agit-il d'une autre métaphore abstraite) ?

Si tu penses à la physique du son, tu ne peux pas avoir de son sans espace. L'espace régule tous les aspects du monde et notamment le temps. C'est une condition de l'univers. Le hiphop... la drum 'n bass, tout ça... cela joue avec notre perception du temps. Quand tu vas dans un club, tu perds tout repère temporel à cause de la forme répétitive de la musique. Cela crée une certaine atmosphère. Beaucoup d'artistes ont déjà joué avec l'idée de perte de repères temporels, notamment Afrika Bambaataa... Tout cela alors que dans nos sociétés capitalistes, le temps est hyper-régulé.

Cette approche est assez proche de celle de la musique "ambient" (d'ailleurs Spooky est souvent étiqueté "illbient" comme Spectre ou même Vadim). Le hiphop, c'est pas plutôt jouer avec le temps corporel ?

Je crois que je joue aussi avec les notions de corporel et d'incorporel, d'où "spooky", le fantôme.

A propos de la musique électronique live et l'évolution du DJing...

Je crois que petit à petit tout le monde va commencer à créer des instruments propres. Au niveau nouvelles créations, il y a le scratch digital et aussi le robot DJ (voir www.dj.i.robot.com). Moi, j'utilise juste des platines et un laptop. (...) Quand je suis sur scène, j'essaie juste de m'amuser.

Sa vision des Etats-Unis et de l'identité américaine...

Beaucoup de gens vivent dans les "suburbean areas" et sont au contact du monde extérieur par l'intermédiaire de vidéos. Dans les vidéos clips, tu peux voir deux mondes qui se regardent (il fait référence à un clip de Dre et Eminem). Les clips deviennent un moyen de communiquer, même s'il est biaisé. Il y a un grand sens de voyeurisme dans le hiphop actuellement, non seulement à l'intérieur des USA mais aussi entre les USA et le reste du monde. Quand je viens en Europe, je me rend aussi compte d'une certaine uniformité (mêmes McDo, mêmes Starbucks) (...) L'identité américaine n'est pas figée et essayer de la définir est inutile... Mais il y a des traits dominants, par exemple la culture hyper-commerciale et globale. Et puis les différents présidents ainsi que les média de masse essaient d'imposer leur vision. C'est ce que Bush fait, par exemple en refusant de parler de l'environnement ou du changement. (...) Pour une large partie de la population, l'existence se caractérise par la consommation et la télévison. L'imagination est presque devenue une fiction... Il faut se tourner vers l'avant-garde pour trouver des choses nouvelles (Saul Williams, APC, Aesop Rock...).

Nomade ?

Je voyage en règle générale 3 semaines par mois. Oui, je suis un nomade, j'explore le monde mais cela est rendu très facile par le vecteur de la musique. Mais c'est plus difficile depuis quelques temps. Je ressens beaucoup de haine de la part du monde envers les Etats-Unis et le mode de vie américain.

C'est vrai que même si cette haine est relativement légitime, elle s'exerce de manière aveugle et injuste en particulier en ce qui concerne la culture et les alternatives culturelles américaines.

En tant qu'artiste, mon rôle est d'être en avant des idées politiques actuelles et de diffuser des messages à une génération qui ne s'intéresse pas à la politique.

Le nouvel album de DJ Spooky, Under the Influence, est en vente, distribué en France par Nocturne. C'est un album mixé selon le style propre à Spooky. Ses boucles se croisent, se superposent tout en laissant à l'auditeur une sensation de fluidité. Sa performance live à l'Aéronef relevait de l'attaque en règle, mélange des styles, suppression des limites, un verre de vin à portée de main.

Propos recueillis par Came, Matthieu et nICO

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