COMMON - Interview

Comme me le confiait récemment un artiste lors d’une conversation hors interview, un nouveau marché est en train de se créer aux Etats-Unis pour ce que certains appellent le "rap mature". Les auditeurs de hip-hop grandissent et ne souhaitent plus entendre les rappeurs parler de guns et de gangs. Le fan de hip-hop qui a aujourd’hui une trentaine d’années se reconnaît dans des artistes comme The Roots, Mos Def, aux influences Jazz/soul et aux lyrics réfléchis et fins. Le nouvel album de Common caresse habilement ces amateurs de "rap mature" dans le sens du poil. Common, à l’image de sa musique, sait exactement où il va, même s’il demeure posé (même après une longue journée de promo).

Quelle est la différence entre cet album et ceux qui l’ont précédé ?

Chaque album me donne de l’expérience et me fait apprendre des choses, cet album là contient donc la somme des expériences accumulées sur les albums précédents. Sur cet album j’ai essayé de faire en sorte que les gens qui l’écoutent soient à l’aise et se sentent bien. C’est un album funky, je l’ai fait sans me prendre la tête à essayer de prouver que j’étais un super-lyriciste ou que j’étais quelqu’un de super-hip-hop, j’ai suivi l’inspiration du moment et la musique est sortie naturellement. De plus, sur cet album j’ai travaillé avec des producteurs différents, les Soulquarians, formés par ?uestlove de The Roots, D Angelo, Jay-Dee, et j’ai un morceau produit par Premier, ce sont des gens avec qui je n’avais pas réellement approfondi jusqu’à présent.

J’étais surpris de constater que ton producteur fétiche No ID était absent de la production de l’album…

Je voulais un son différent de celui que mes albums avaient eu jusqu'à présent. Je savais depuis mon album précédent que je voulais travailler avec Jay Dee. J’avais réellement un certain son en tête et No ID ne correspondait pas à ce son là donc je suis allé voir les personnes capables de m’apporter ce son particulier. Je me suis concentré plus sur le rythme et la mélodie sur cet album, c’est un disque très funky.

Peux tu expliquer la signification du titre de l’album Like Water For Chocolate.

Cela vient du roman et du film du même nom. L’eau représente le signe aquatique qui est en moi puisque je suis poisson, et le chocolat représente le coté soul black. Le livre et le film parlent d’une jeune fille amoureuse qui va exprimer ses sentiments à travers les plats qu’elle cuisine. Lorsqu’elle ressent une émotion particulière alors qu’elle prépare un plat, la personne qui va ensuite déguster ce plat ressentira exactement la même émotion. J’ai trouvé cela assez symbolique de la manière dont je travaille moi même mes morceaux. Je veux que lorsqu’ils écoutent mes lyrics, les gens ressentent ce que j’ai ressenti au moment où je les ai écrit.

On t’a vu monter sur scène particulièrement heureux lorsque The Roots ont gagné leur Grammy Award il y a quelques temps…

C’est la famille, c’était un grand moment pour tous ceux qui supportent leur musique et la musique progressiste en général, moi y compris. Ce sont comme mes frères, j’ai beaucoup d’amour et de respect pour eux. On s’entend bien sur le plan musical comme sur le plan humain, on traîne ensemble tous les jours.

Comment s’est passée la collaboration avec ?uestlove ?

Comme je viens de le dire, c’est la famille, ce gars là est l’un des meilleurs batteurs de notre génération, peut être même l’un des meilleurs musiciens de notre ère, tout court. Il est à la fois musicien et producteur, c’est un véritable génie.

Comment réagis-tu lorsque les gens te collent l’étiquette de MC "conscient" ?

Si pour eux le fait d'être conscient signifie se rendre compte de la situation du monde dans lequel on vis alors oui, je veux bien être un rappeur conscient. Je me rends compte du monde dans lequel j’évolue, je me rends compte d’où je veux aller, et je suis conscient de qui je suis. Je suis aussi conscient du fait que j’ai d’autres facettes que celle de rappeur politique, je peux te parler de dieux, de la NBA, des femmes que je considère belles… Ce sont les différents côtés de Common.

Tu as sorti le premier extrait de Soundbombing II, "1999" avec Sadat X, chez Rawkus, et il était à une époque question que tu signes chez eux, pourquoi ne pas l’avoir fait ?

Je pensais le faire c’est vrai, mais MCA avait l’air d’être une meilleure solution pour moi car leur distribution était plus performante. Vendre des petites quantités de disques ça ne m’intéresse plus, je suis déjà passé par là. Essayer de créer quand tu n’as pas de sous c’est bien, mais maintenant j’ai besoin de bien vivre et bien manger et je veux que ma musique soit disponible partout. J’ai bien réfléchi et j’ai choisi MCA.

Tu es l’un des rares artistes en l’an 2000 à être sur une major et à tout de même pouvoir continuer à sortir des produits de qualité avec une vraie optique "hip-hop" de créativité, d’originalité et d’honnêteté. Est-ce que tu considère cela difficile de rester soi-même lorsque l’on signe sur un gros label ?

Je pense que nous avons tous nos responsabilités et que même les artistes signés en major devraient être capables de sortir la musique qu’ils veulent. Je pense que cela dépend plus de la volonté de l’artiste que de celle du label. Cela dépend de l’artiste, de son intégrité et de sa mentalité.

Beaucoup des refrains de ce nouvel album sont chantés, est-ce que tu considère qu’il est nécessaire de créer des morceaux accessibles susceptibles de tourner en radio pour pouvoir faire passer son message plus facilement ?

Je ne pense pas que le fait d’avoir des refrains chantés signifie que mes morceaux soient calibrés radio. Le chant n’est pas calibré radio, c’est juste de la bonne musique. J’écoute Stevie Wonder, c’est de la bonne soul, mais est-ce que c’est considéré commercial ? Slick Rick et Mos Def chantent sur beaucoup de leurs morceaux mais sont-ils considérés commerciaux ? Je pense que c’est juste une histoire de bonne musique.

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