Mot-clé - Buck 65

Fil des billets - Fil des commentaires

samedi 1 juin 2002

BUCK 65 - Interview

Deuxième interview réalisé par notre webzine à l'occasion de la tournée Européenne de Buck 65, en France cette fois, à Paris, quelques heures avant son concert très attendu au Batofar en partenariat avec Hip-Hop Section.

C'est le printemps, et ça tombe bien, le temps est printanier. Moment par conséquent idéal pour rencontrer celui qui a eu l'immense honneur d'être classé par hiphopsection parmi les toutes meilleures sorties de l'année précédente avec son Man Overboard, et qui s'avère être l'auteur de la petite perle hiphopisitiquement classique qu'est Vertex. Mr Richard Terfry fait tout lui-même : beats, scrtatchs, mc, mix et mastering mais aussi réponse aux interviews dans les parcs, y compris le parc de Bercy, où nous nous trouvons donc afin de partager nos vues sur un monde en constante ébullition qui n'a pas fini de nous apporter son lot de surprises quotidiennes en tout genre. Une de ces surprises pourrait par exemple se concrétiser par l'installation de Buck 65 en France. Considérez cela comme chose faîte. 2 raisons à cela. Personnelle tout d'abord, afin de rejoindre sa douce Buckette qui devra passer 6 mois à Paris pour des raisons liées à ses études. Professionnelle ensuite, sentant qu'artistiquement ça peut lui apporter quelque chose de plus stimulant que de rester dans le fin fond d'Halifax toute la journée. On apprend d'ailleurs que c'est son nouveau label (dont le nom est encore inconnu) qui a pris cette décision pour lui.

C'est ce label qui paiera tout. Ca devrait m'aider a me développer de manière artistique. Je serai là pour travailler, faire des concerts, écrire, et peut être même acheter un vélo ou quelque chose dans le genre, ...

...nous avoue-t-il joyeusement.

Lorsqu'on lui demande ce qui s'est passé ces 2 dernières années, c'est-à-dire depuis la dernière interview faite pour hiphopsection, il lève un voile sur un sujet que nous n'osions pas aborder par craintes des retombées.

Je vieillis plus vite que l'Homme moyen, et si on a parlé il y a 2 ans, ça veut dire que j'ai sûrement pris 10 ans depuis. J'ai aujourd'hui 18 ans.

Ca a au moins le mérite de faire taire tous ceux qui le disent trop vieux. Il considère avoir pris une certaine maturité aussi, ne pensant plus forcément ce qu'il a pu affirmer quelques années plus tôt dans ses chansons.

Je me concentre sur d'autres choses, sur des détails plutôt que sur l'aspect global de la vie.

Non seulement il a pris le temps de mûrir, mais aussi de perfectionner son nouvel album, Square, à paraître d'ici peu. De son propre aveu, la formule n'a pas changé : toujours cette volonté de construire son album comme une mixtape, soucieux des transitions entre chaque morceau, de donner une unité à son projet:

De par sa fluidité, on se rend même pas compte des différents changements qui apparaissent sur l'album, et je crois avoir découvert énormément de nouvelles influences. Depuis qu'on a parlé la dernière fois, je suis devenu un grand fan de Tom Waits, et je sais bien que je suis en train de m'auto détruire, mais aussi de groupes comme Simon and Garfunkel, ce genre de choses.

On trouve d'ailleurs une chanson dédiée a Kiss sur son prochain album.

Pour compenser tout ça, son écriture s'est améliorée, et écrire des chansons est maintenant plus simple pour lui, il n'a plus besoin de les accoucher dans la douleur.

Je passais beaucoup de temps à penser à des concepts et idées. J'utilisais des personnalités différentes, ce que je fais beaucoup moins maintenant. L'inspiration arrive bien plus facilement.

Il enchaîne pudiquement sur les circonstances qui ont entouré l'enregistrement de Man Overboard, sans jamais le dire ouvertement, faisant comprendre à quel point il s'agissait d'une période difficile de sa vie, émotionnellement avec la perte de sa mère, et personnellement pour des raisons bassement matérielles liées à l'argent. Comme on est devenus potes entre temps, on apprend même que ses amies intimes n'étaient pas forcement de bonne compagnie.

Je suis bien plus heureux aujourd'hui. Certains disent qu'ont fait les meilleures choses quand on est déprimés. Mais je pense pas que ça s'applique a moi, et ceux à qui j'ai fait écouter Square ont beaucoup aimé, y compris DJ Signify, ce qui veut dire bien plus que n'importe quelle critique. Pour lui Square est son préféré, et pourtant il a beaucoup aimé Vertex et Man Overboard.

D'ailleurs, pour une fois, Buck à laissé quelqu'un d'autre que lui poser une production sur son album. Dj Signify co-produit quelques titres : "j'ai toujours été contre le fait d'avoir quelqu'un d'autre sur mon album. Mais ses beats ressemblent vraiment à ce que je fais moi, et je n'ai eu aucun problème à travailler avec lui". Mais c'est plus une exception qu'autre chose. Il tient quand même à cet aspect de son travail, un peu comme un Vincent Gallo (dixit Buck 65).

Je trouve que toujours avoir à faire confiance a quelqu'un d'autre a un côté stressant.

Et puis bon, c'est quand même une de ses marques de fabrique, ce qui le démarque un peu plus des autres, un argument marketing et source de fierté tant qu'à faire. Lorsqu'on constate les résultats obtenus, on se retient de lui donner des conseils.

Suit ensuite une discussion passionnée sur ses méthodes de production, les machines qu'il utilise. Je vous passe les détails, mais on y apprend en gros qu'il utilise une SP1200, qui le force à se battre avec lui-même pour tirer pleinement profit des 10 secondes de sample alloués, "ça me force a être plus creatif, ça me donne un challenge, et ça me donne ce certain son", un 4 pistes qui marche encore on ne sait trop comment, des platines qui n'ont rien d'exceptionnel et un micro Shure SM58. Sans doute influencé par son pote Sixtoo, il commence à s'intéresser de près à ce que permet la technique aujourd'hui. Il a découvert les joies des micros pro lors d'une session en studio, mais aussi, et ça c'est une vraie nouveauté, des instruments live:

Je préfère quand même les samples, qui donnent un aspect humain à la musique que les synthé ne pourront jamais apporter, et c'est en plus l'âme même du hip hop, mais quelques touches de ci de là d'instruments live peut apporter un plus au morceau.

Il n'est pas encre prêt à prendre un virage digital - chaque chose en son temps- et préfère encore enregistrer sur K7.

Mais là je vais investir dans de nouvelles machines. Un très bon pré-ampli et compresseur, et très bon micro, que ce soit un Neumann ou un AKG, et aussi un nouveau sampler, probablement le dernier E-mu.

Il n'a pas l'intention pour autant de se débarrasser de son son si particulier lié a la SP1200:

Non, je vais quand même garder la SP, je veux juste que ma musique sonne mieux. C'est à cause de Sixtoo. Pour lui, même si la musique est horrible, tant que c'est bien enregistré, il trouvera ça génial. Alors que moi par exemple mon disque préféré en ce moment c'est Primitive Plus d'Edan, alors qu'on a l'impression qu'il enregistre sous son lit, mais j'adore. Mais je pense que si je veux réellement avancer dans ma carrière, il faut que ma musique soit bonne à tous les niveaux, y compris en ce qui concerne le son. Si je ne fais aucun compromis artistiques, ça devrait passer. Vertex à été fait avec trois fois rien. La voix n'est même pas compressée. C'est juste mon micro branché directement dans le 4 pistes. Et par moment j'ai vraiment envie de refaire un album comme ça, racheter le même 4 pistes et faire un album dans les mêmes conditions.

J'ai conscience que j'avais promis de passer les détails, mais bon.

Après les détails techniques, on en vient à parler samples. Samples grillés pour être plus précis. Pour quelqu'un qui a écrit un morceau où il se targue de n'utiliser que des samples obscurs et inconnus, ça fait pas très sérieux :

D'ailleurs sur ce morceau, le break est pas obscur du tout (rires gênés). C'est pas que mes samples sont très obscurs, mais je cherche juste à des endroits où personne ne va voir. Je sample des disques qui sont vraiment vraiment mauvais, et je ne les recommanderais à personne. Je tente quand même d'utiliser le plus de breaks Canadiens, et j'en arrive même à faire des échanges de disques, ce qui me rend nerveux parfois. Mais je ne suis pas un collectionneur, je ne cherche pas à avoir les originaux de tout ce qu'il y a sur "original breaks and beats". Je cherche juste ce que personne n'a utilisé avant, et qui sonne bien.

Malgré ce que certains pensent suite à l'affaire "Sleep Apnoea" vs Cypress Hill, il n'utilisera jamais un sample qu'il a déjà entendu.

J'ai vraiment peur que quelqu'un utilise un sample de Vertex et en fasse un hit. Il y a par exemple un sample de "Absolute Elsewhere" sur la derniere piste de Vertex : from dawn to sunrise, sunrise to dawn. Ces temps ci, beaucoup de personnes parlent de ce disque, et j'ai peur que quelqu'un comme Jay Z en fasse un plus gros hit que ce que moi j'ai reussi a faire. (rires un peu moins gênés, voire complices).

Quand on parle de Pierre Henry, ça le fait tout autant marrer :

Je suis pas sûr que je le referais aujourd'hui. Je pensais que personne ne s'en rendrait compte, après tout Vertex était tiré à 100 exemplaires à la base. Ca a un côté un peu embarrassant aujourd'hui, et je suis sûr que beaucoup se disent que je me suis pas foulé, que j'ai juste collé les 2 minutes de la chanson (on se marre un peu plus, ça fait partie de l'ambiance bon enfant).

Il conclut ce petit instant de partage teinté de monologue par le fait qu'il espère simplement que les auditeurs parviendront à s'évader à travers Square, qu'ils le verront comme un projet global, dans la lignée de ses précédents travaux, bien que teinté un peu plus de rock et avec des concepts moins conceptuels. On a bien rigolé, s'agit de retourner à la salle de concert et de laisser les oiseaux là où ils sont, la conversation se poursuit hors dictaphone.

J'apprends par exemple que le sample de "The Centaur" est tiré du film Carrie, lui même tiré du livre Carrie, et qu'un élève un peu fan a décidé d'écrire une thèse sur ce même "The Centaur", relevant le fait que Carrie est seule, incomprise et délaissée de tous, tout comme le Centaur. Il parle de sa passion pour le cinéma en général et David Lynch en particulier, du fait qu'il fait très peu de morceaux avec d'autres MC, même ses amis d'Halifax, et qu'il enverra rarement un de ses sons pour qu'il soit utilisé par quelqu'un d'autre. On évite d'aborder le sujet Anticon, se contentant d'analyser les non-dits (que je garderai en plus pour moi), même si tout va bien avec eux, qu'on se rassure. Il regrette que les 1200 Hobos soient devenus un peu une secte géante qui intègre les amis des amis des cousins, même si il y a un retour aux sources originelles qui s'amorce. Il parle de Jel jouant live de son SP1200:

On dirait un vrai batteur, c'est hallucinant. Il ferme les yeux, et il joue", il avoue que Dose est complètement timbré (mais il me semble que c'est un compliment pour lui), et s'inquiète non seulement de connaître l'image qu'ont les Nord Americains en France, mais aussi de savoir s'il pourra voir des matchs de baseball pendant son séjour parmi nous. Il avoue suivre les préceptes de Ted Williams (joueur de baseball de son état) qui est son idole il faut bien l'avouer. Il est plus végétarien qu'autre chose, ne boit pas d'alcool, mais contrairement à quelqu'un comme Sage Francis, qui lui pousse l'extrémisme à l'extrême, il n'en fait pas un discours politique et le garde pour lui (trop tard).

Le dictaphone reprend du service, de manière un peu moins conventionnelle. La journée promo de Buck touche à sa fin, il fut traité comme une star de bout en bout, séance photo à l'appui avec lâché de pigeon très conceptuel, interviews en pagaille, et finalement on se dit que poser des questions c'est bien, mais pas toujours, et parfois il faut savoir laisser tourner la bande. Je lui laisse 15 minutes pour dire ce qu'il veut, dans l'ordre qu'il veut, adressé à qui il veut, ce qui semble le ravir malicieusement. Il utilise ces 15 minutes supplémentaires de célébrité pour partir dans un délire Buckesque surréel et finalement intranscriptible. 15 minutes to talk...

BUCK 65 - Interview

It's springtime, and coincidentally enough, the weather is spring like. Which is therefore perfect timing to meet the one who had the huge honor of appearing with Man Overboard among the very best LPs of last year in hiphopsection's annual poll , and who happens to be the man behind a real hiphop gem , namely Vertex.

Mr Richard Tefry does everything himself: beats, scratches, mcing, mix and mastering, but he also answers interviews in parcs, including the parc of Bercy, where we find ourselves in order to share our views on a world in constant evolution that hasn't showed the last of its surprises yet. One of those surprises being, for example, Buck moving to France for a few months. Two reasons to this: first of all, a personal one, so that he can be with Miss Buck, who will have to spend some time in Paris for her studies. But also for professional reasons, as it might bring him something more stimulating artistically compared to staying in Halifax all day (with all due respect to Halifax). This is where we learn that it is his new label (no need asking, we don't have the name yet) that took the decision for him. "It's the label that will pay for everything. It should help me develop artistically. I'll be here to work, make concerts, write, maybe even buy a bike or something like that", he admits joyfully.

When we ask him what he's been up to the last couple of years, which corresponds to the last interview made for hiphopsection, he unravels a mystery that we didn't dare ask about, fearing the consequences. " I age faster than the average man, and if we spoke 2 years ago, this means that I've probably aged 10 years since. I am now 18." All those who claim he is too old can now stop talking. He also says he's acquired a certain maturity, and he doesn't necessarily believe what he used to say in his lyrics earlier in his career. "I concentrate on other things, on details rather than on the global aspect of life". Not only has he taken time to mature, but also to perfect his new LP, Square, to be released shortly.

He admits that the formula hasn't changed : always that priority to build the album like a mixtape, careful with the transitions between each track, and attentive to the unity of his project.

With the fluidity of it all, you don't even realize all the different switch ups that appear in the album, and I think I've discovered many new influences. Since last time we spoke, I've become a great fan of Tom Waits, and I know I'm losing all credibility there, but also bands like Simon and Garfunkel, that type of things.

There's a track about Kiss on his next album.

To make up for this, he's perfected his writing, and coming up with songs is now simpler for him, he doesn't need to grind them out:

I used to spend lots of time thinking of concepts and ideas. I used different personalities, which I do a lot less now. Inspiration comes way easier.

He then modestly talks about the climate surrounding the recording of Man Overboard, without ever mentioning anything openly, making us understand that it was emotionally a difficult time in his life, but also personally, for material reasons linked to money. Since we've now become very close friends, we even learn that his girlfriends were'nt especially the nicest people he's ever met.

I'm a way happier person now. Some people say that better things come out when you're depressed, but I'm not one of those people. And all those who listened to Square really liked it a lot, including Dj Signify, which means much more than any other input. For him, Square is his favorite, and he really liked Vertex and Man Overboard.

Plus, for once, Buck let someone else add a beat to his album. Dj Signify co produces a few tracks :

I've always been against having someone else on my album. But his beats really sound like something I could've done, and I didn't have any problem working with him.

But it's somewhat of an exception. He's still very attached to that aspect of his work, just like a Vincent Gallo for example (Buck's example).

I feel that always relying on someone else is very stressful.

And let's not forget that it's one of those things that differentiate Buck from the masses, a marketing argument and that might as well be source for pride. And when we look at the results, we avoid giving him any advice.

Follows a passionate discussion about producing methods and the gear he uses. I'll pass the details, but in short, we learn that he uses an SP1200, that forces him to fight with himself to use best as he can the 10 seconds of sampling imparted: "it forces me to be more creative, it brings me a certain challenge and also a distinctive sound", a 4 track that is still working thanks to some kind of miracle, turntables that are incredibly common and a Shure SM58 mic. Probably influenced by Sixtoo, he is now getting closely interested in what technology allows. He discovered the joys of high end mics during a studio session, but also, and that's a real new thing, live instruments:

I still prefer samples, that give that human touch that synth will never have, and it's also the very soul of hip hop, but a few touches of live instruments here and there can be good.

He is not yet ready to go digital - one step at a time - and still prefers to record on cassette:

But I'll be investing in new gear soon. A very good pre amp, a compressor, a very good mic, maybe a Neumann or an AKG, and also a new sampler, probably the new E Mu". But this doesn't mean he intends to get rid of his SP"No, I'll be keeping the SP, I just want my music to sound better. But this is Sixtoo's fault. For him, even if the music is horrible, he'll love it as long as it"s recorded well. But me for example, my favourite LP right now is the Edan (Primitive Plus), even though you have the impression that he recorded it under his bed or something, but I love it. But I also think that if I really want to go further in my career, my music needs to be good on all levels, including how it sounds. If I do not make any artistic compromises, it should be ok. Vertex was made with virtually nothing. My voice wasn't even compressed. It's just my mic plugged directly in my 4 track. At times I really want to make another album like that, buy the same 4 track and make an album in the same conditions.

I do realize I told you I'd leave out the details. Oh well.

Following those technical details, we start talking about samples. Burnt out samples to be exact. For someone who wrote a track where he proudly states that he only uses obscure and unknown samples, it' doesn't look very serious:

... plus, on that particular track, the drums aren't obscure at all (laughs). Actually it's not that my samples are that obscure, it's just that I look in places where others don't. I sample records that are very very bad, and I wouldn't recommend them to anyone. I do try to use Canadian breaks, and I even trade for records, which makes me nervous at times. But I'm not a collector, I don't try to find all original copies of what's on 'original breaks and beats', I'm just on the look out for anything that hasn't been used before, and that sounds good.

Despite what some people think following the "Sleep Apnoea vs Cypress Hill" case, he will never use a sample he has already heard. " I'm really afraid someone will use a sample from Vertex and make a huge hit with it. There's for example a sample from "Absolute Elsewhere" on the last track of Vertex:

... from dawn to sunrise, sunrise to dawn. Lots of people have been taking interest in that record lately, and I'm afraid someone like Jay Z makes a bigger hit than what I've been able to achieve. (more laughs).

And when we mention Pierre Henry, he suddenly stops laughing:

I'm not sure I'd do it today. I thought that no one would find out, after all, there were only 100 copies made of Vertex at first. It's a little embarrassing today, and I'm sure that many think that it was' nt too hard to just put 2 mn from that song (and now we all laugh again, that's just the kind of mood we're in).

He concludes this small moment of sharing covered by some type of monologue by the fact that he simply hopes auditors will be able to escape a little through Square, that they will see it as a global project, just like his previous work, even though it sounds a little more rock oriented and with less conceptual concepts. We had some good laughs, but it's now time to get back to the concert room and to leave the birds where they are, the conversation will continue off tape.

That's how I learn that the sample from "The Centaur" is taken from the movie Carrie, which is made off the book Carrie, that a student decided to write a thesis on that same centaur, picking the fact that Carrie is lonely, nobody understands her and left out, just like the Centaur. He talks about his passion for Cinema in general and David Lynch in particular, about how he only does very few featurings with other mcs, even with his Halifax friends, and that he'll seldom send one of his beats for someone else to use it. We avoid the Anticon subject, merely analysing what wasn't said, but everything is ok, don't worry. He regrets that the 1200 Hobos have become this huge sect for all the friends of friends of cousins of who knows who, even though a return to original sources has begun. He talks about Jel playing his SP1200 live "he looks like a real drummer, it's amazing. He'll just shut his eyes and play"", he admits that Dose One is completely crazy (but I'm pretty sure this is a compliment), and not only worries about the image that North Americans have in France, but also about being able to watch baseball games here. He follows the Ted Williams way of life, who happens to be his role model. He's more vegetarian than anything else, doesn't drink, but contrary to someone like Sage Francis, who pushes extremism as far as extremism can go, he isn't political about it and keeps it to himself (too late. Sorry).

The tape recorder is up and running again, but in a less conventional way. Buck's promo day is about to end, he was treated like a star from the beginning, with photo shoots with a very conceptualised pigeon launch, with many interviews, and finally we agree that asking questions is ok, but not always, and sometimes it's good to just let the tape roll. I give him 15 minutes to talk about whatever he wants, how he wants and in the order he wants, which he seems to enjoy maliciously. He uses those additional 15 minutes of celebrity to start one long and surreal typically Buckesque story, which can unfortunately not be transcribed. 15 minutes to talk.

vendredi 17 mai 2002

BUCK 65 - Interview

Une première interview de Buck 65 de passage en Belgique à l'occasion de sa tournée Européenne.

Rappeur-acteur ?

Dans la vie de tout les jours, je suis plutôt un type timide mais, je ne sais pas, dès que je prends le micro, c'est comme une perruque ou une paire de lunettes de soleil, je me mets dans l'un peau d'un autre personnage, ce qui me permet d'aller sur la scène, faire n'importe quoi, tout ça... Je crois que ça vient avec l'expérience vu que ça fait un bout de temps que je fais ça maintenant. C'est vrai que le micro est l'outil de ce passage vers la fiction. (...) Sur beaucoup de plans, un MC est un acteur, c'est juste qu'il n'est pas à l'écran. Quand j'étais petit, j'écoutais toujours de la musique en fermant les yeux. Et pour moi, le plaisir, c'était quand je pouvais la visualiser et quand je pouvais voir une histoire qui irait avec la musique. Je pense que quand elle est au top, la musique peut devenir quelque chose de très visuel. Je m'efforce d'être aussi visuel que possible. J'essaie de créer un univers et de détailler au maximum, sans nécessairement utiliser beaucoup de mots. Parfois, l'utilisation efficace d'une métaphore est le meilleur moyen de permettre à quelqu'un de voir quelque chose.

L'isolement, la création, la communication...

Jusqu'à l'âge de 18 ans, j'ai grandi dans une toute petite ville à la campagne, avec juste quelques centaines d'habitants. Ensuite j'ai déménagé à Halifax qui est une ville légèrement plus grande mais qui est n'est pas si grande que cela et qui reste éloignée des autres grandes villes (Boston et Montréal). En fait, je suis plutôt content de ça parce que quand j'ai commencé à faire de la musique, il n'y avait pas beaucoup de gens autour de moi qui faisaient du hiphop donc je n'ai pas eu à subir d'influence. J'ai aussi grandi dans un relatif isolement et suis toujours attaché à mon enfance, j'en parle très souvent. Je suis un solitaire, c'est sûr. (...) Certaines personnes voient des aspects négatifs au fait de rester reclus mais cela me permet de garder de l'espace et de rester enfermé dans mon monde. Quand je suis dans le processus de faire un album, il est difficile de me parler parce que je suis perdu dans un ailleurs. Mais l'isolement m'est bénéfique. C'est le seul monde que je connaisse, je crois...

(une courte discussion à propos des chansons enfantines et de quelques autres choses que nous n'avions pas comprises durant le concert)

Généralement, je n'aime pas être esotérique. Je n'aime pas être bizarre juste pour être bizarre. Ce que j'ai appris avec le temps, c'est que si ce que je dis est vraiment personnel et même si les gens ne voient pas exactement de quoi je parle, à un certain niveau les gens peuvent en retirer quelque chose d'émouvant. (...) J'essaie de rendre les choses assez claires. Ce soir, j'ai fait une chanson "Shining Shoes", c'est à la première personne et ce cireur de chaussure dit aux gens que si tu fais les choses trop vite et que tu ne retires pas de fierté de ton job, alors les clients ne reviendront pas... Ici, la métaphore est évidente et vise tous ces MCs qui essaient de rapper toujours plus vite et ces DJs qui essaient de scratcher toujours plus vite... La plupart du temps, ça passe au-dessus de la tête du public et personne n'en retire rien. Alors que si tu t'attaches à façonner ce que tu fais et si tu y accordes de l'importance, peut-être que les gens réécouteront ton album... Je pense de plus en plus à ce genre de choses ces temps-ci. Quand j'étais plus jeune, j'essayais juste de dire des trucs généraux et puis je réécoutais mes albums et me disais: "je n'ai rien dit de vraiment signifiant dans tout l'album". Je ne veux plus faire ça, il y a trop de ça dans le hiphop actuellement. J'espère que les gens peuvent retirer une substance de ce que je dis même si ce que je dis n'est pas trop directif. En fait, ça dépend de mon écriture. Si je suis un bon écrivain, ça marchera, si je suis un mauvais écrivain, ça ne marchera pas... il faut donc que je continue à bosser dur.

Influences littéraires...

Je lis beaucoup et ai généralement plus d'un livre en cours. (...) Je lis beaucoup de poésie... Rilke, E.E. Cummings, Charles Bukowski, j'aime aussi William Burroughs. Je visionne beaucoup de films, c'est une très forte influence pour moi. (...) Les trucs que j'utilise dans mes albums peuvent vraiment provenir de n'importe où. Parfois, je trouve un refrain obsolète dans un disque pour enfants, parfois ça vient d'un film. Des fois je trouve un truc poétique dans quelque chose qui n'a rien de poétique. Dans mes derniers enregistrements, j'ai emprunté plus d'une fois à Burroughs et aussi Anais Nin. Ca m'intéresse toujours de découvrir un bon écrivain ou même un bon songwriter comme Tom Waits ou Simon and Garfunkel ou Brian Ferry...

Rappeur par nécessité ?

Il n'y a pas beaucoup de poètes qui deviennent riches en écrivant des bouquins. Et c'est ce que j'aime dans le hiphop : quelqu'un comme moi peut prendre sa poésie, l'appliquer à de la musique et l'amener vers une masse de gens. Dans ce sens, le hiphop est le dernier havre de paix pour la poésie. Ca la fait survivre dans le monde entier (...) Il ya beaucoup de mes écrits que j'aimerais voir publiés un jour. J'espère que la musique m'ouvrira certaines portes, notamment l' opportunité d'écrire des livres, peut-être des scénarios. Mais écrire des livres, c'est vraiment quelque chose que j'espère être capable de faire assez vite. Et pas juste un livre mais un tas de livres de genres différents, mémoires, fiction, poésie...

Avenir...

Depuis un an, ça se passe plutôt bien pour moi. Quelques célébrités sont assez fans de ma musique -Radiohead, Vincent Gallo (alors qu'il n'aime rien en général), Aphex Twin (lui non plus!!), Melissa Auf Der Maur (Hole, Smashing Pumpkins). Certaines choses en développement semblent indiquer que 2002 sera une bonne année pour moi et que je ferai ce que je fais à une échelle supérieure.

La tournée...

Je suis ici en tournée en partie pour essayer de rencontrer des gens et me construire un public en Europe. C'est très important pour moi parce que la scène européenne a l'air plus sophistiquée que la scène américaine. Il semble aussi que je puisse emménager à Paris en Août (nous parlons des nombreux écrivains venus habiter à Paris pour y trouver de l'inspiration). C'est la première fois que je viens ici et j'espère pouvoir construire à partir de cette expérience. Je suis au point de ma vie où je me dis que si je veux avoir du succès, avoir de quoi vivre, mettre un toît sur ma tête, avoir des enfants... alors c'est le moment d'y aller et de travailler dur.

BUCK 65 - Interview

Courtrai is maybe the smallest town to welcome Buck 65 AKA Johnny Rockwell AKA Uncle Climax AKA Stinkin' Rich AKA DJ Critical AKA half of the Sebutones. Still you can see he is really enthusiastic about being here in Europe and show his work to the audience...

About grabbing the mic and acting...

In my every day life, I'm a very shy person but I don't know what it is as soon as I grab the microphone, it's like a wig or a pair of sunglasses, I instantly become transformed into this other character that allows me to get up on stage, act silly, dance, you know all those things...I guess it comes with experience cause I've been doing it for a pretty long time now. But it's a fair thing to say that the microphone acts as a fictional device. (...) In a lot of ways MCing is the exact same thing as acting, it's just not on the screen. When I was a child, I would always listen to music closing my eyes. The best music for me was when I could visualize things and could see inside my mind the story that would go along with the music. I think that when music is at its best then it can be a very visual thing. I try to make an effort to be as visual as I can. I try to create a world and make as much detail in that world as I can, not necessarily by using many words. Sometimes an effective use of metaphor is the very best means to allow someone to visualize something.

About isolation, creation and transmission...

Before the age of 18, I grew up in a very small town in the country, with a few hundred people, then I moved to a slightly larger city, Halifax, which is not that big and other larger cities (Boston and Montreal) are still very far away from Halifax. I'm actually grateful for that because when I started making music there weren't many people around who were making hiphop so I wasn't coming under the influence of anybody else. I also spent my chilhood pretty much in isolation and I'm still very attached to that period of my life. I talk about it a lot. I'm definitely a loner. (...) Some people would argue that there are negative aspects to being reclusive but it allows me to maintain my own headspace and just stay locked into this world of mine. When I'm in the process of making an album, I can be a very difficult person to talk to because I'm just lost in some other place. For me isolation is beneficial, it's the only world I know, I suppose.

(a short conversation about child songs and a few other things we didn't understand during the show)

Usually I don't like to be esoteric. I don't like to be strange just for the sake of being strange. What I found over time is that if I'm very personal about myself, even if people don't know exactly what I'm talking about, on some level, a lot of people can get some sort of emotional thing out of that.(...) I try to make things -metaphors...- fairly clear. Tonight I did a song about shining shoes, when the chorus of the song comes along, it's in the first person and this person who shines shoes at a train station is telling people that you have to take pride in your work and if you don't and just try to do it fast then your customers won't come back to you a second time. There's an obvious metaphor in there...a lot of rappers just try to rap as fast as they can or DJs try to scratch as fast as they can and that gets right over the audience's heads and they can't get anything meaningful or emotional from it. So I find that if you just try to craft what you're doing with a lot of care and if you just care about you work and about the people who might listen to your music then maybe they'll care about your music and listen to your album more than once...More and more as time goes on these are the things that I'm thinking about. When I was younger I just tried to be very general with what I was talking about but then I would go back and listen to my albums when they're finished and I would think to myself "I haven't said anything really meaningful in this entire album". I don't want to do that, there's too much of that in hiphop nowadays. I hope that people can get something meaningful out of the substance of my words, even if they're not directional. That just depends on me being a good writer. If I'm a good writer it'll work, if I'm a bad writer it doesn't work so I just have to keep working hard.

About reading and literary influences...

I read a lot and usually more than one book that I'm reading at the time. (a small conversation about the book he's reading at the time: The Master and Margarita by Russian author Mikhail Bulgakov). I read lots of poetry Rilke, E.E. Cummings, Charles Bukowski, I also like William Burroughs. I watch lots and lots of films, which are a very big influence for me. (...) The stuff that I use can really come from anywhere. Sometimes I'll find a children's record with a nursery rhyme that is obsolete. Sometimes it'll be something that comes from a movie. Something I can find something poetic in something that isn't intended as poetry in the first place. But in my recent works, i've borrowed from William Burroughs more than once, Anais Nin. I'm always interested in discovering a good writer, even songwriters such as Tom Waits or Simon and Garfunkel or Brian Ferry...

Writer rapper...

There's not a lot poets out there who are getting rich by writing poetry books. This is what I really love about hiphop still: someone like me can take his poetry, apply it to music and then bring it to a mass of people. In a way, hiphop is the last safe haven for poetry. It's keeping it alive in the world. (...) I've done lots of writing that I'd like to see published some day. I hope that if I start a good following with my music then that will provide me with good other opportunities to do other projects including writing books, maybe screenplays. But writing books is definitely something that I hope I'll be able to do soon. Not just one book but many and all sorts of different books, memoirs, fiction, poetry, anything really.

Future...

Things have been starting to go well for me in the last year in particular. I've been developping a little bit of a celebrity fan base -Radiohead, Vincent Gallo (and he doesn't like anything!!), Aphex Twin (he doesn't like anything either), Melissa Auf Der Maur (Hole, Smashing Pumpkins). There are some things in development that indicate that 2002 will be a big year for me. It looks like I'll be doing what I do on a bigger scale.

The tour...

A part of the reasons why I'm on tour right now is I'm trying to make new connections and develop a scene for myself in Europe. It's very important for me since the European scene seems to be slightly more sophisticated than in America. In August it looks like I may come to Paris to live for a while.

(a short conversation about all the writers who came to Paris to get some inspiration)

This is my first time here and hopefully not the last so that I can continue to build on it and make it bigger and bigger. I'm at a stage of my life when I figure that if i want to be successful and get the basic necessities that I want to get out of life, put a roof over my head and be able to have children then now is the time for me to go after it as hard as I possibly can...

mardi 1 mai 2001

BILAN 2000 - La Scene d'Halifax

Le hip hop aurait-il trouvé sa nouvelle Mecque au Canada ? Difficile de le certifier, les personnes qui animent la scène de Halifax, Nouvelle Ecosse, n'étant eux-mêmes pas vraiment persuadés de répondre aux canons du genre...

Lire la suite...

mardi 9 janvier 2001

SEBUTONES - 50/50 Where It Counts

Let's fuck! I'll fuck anything that moves! Ca, c'est l'intro, plutôt particulière, de cet LP on ne peut plus particulier. Ceux qui sont familiers du style de Sixtoo et de Buck 65 ne seront pas dépaysés. Ils auront dans leurs oreilles habituées à ces sons bruts et si peu mélodieux précisément ce qu'ils attendaient.

SEBUTONES - 50/50 Where It Counts

Lire la suite...

mercredi 2 août 2000

BUCK 65 - Vertex

Blanc, canadien et vieux (tout du moins à l’échelle du rap), le MC, DJ et producteur Buck 65 n’a pas grand chose du rappeur typique. Rien d’étonnant donc si Vertex, l’album qu’il a sorti l’an dernier sur son propre label (Four Ways to Rock), se révèle largement aussi décalé et hors-norme que le personnage. Anticon, le label sur lequel il vient de sortir un maxi ("The Centaur") nous avait promis de révolutionner le hip hop. Voici toujours l’un de ses affiliés qui, sans trahir les canons du genre (il rappe, il scratche, il sample des boucles), semble bien parti pour réaliser cet ambitieux programme.

BUCK 65 - Vertex

Lire la suite...